Texte de Rémi Ouellet
Le lièvre d’Amérique! Qui ne connaît pas le petit mammifère le plus représentatif des forêts du Canada et du nord des États-Unis .Parfaitement adapté à nos rudes hivers grâce entre autres à son pelage tournant au blanc à l’approche de hiver et à ses larges pattes arrières en forme de raquettes à neige ,il est présent dans toutes les régions du Québec et il occupe une place importante sur la chaine alimentaire de la nature du continent. Pour le lynx, le renard, le coyote, le loup et des rapaces il sert bien malgré lui de hors d’œuvre…et de plat de résistance. À toutes les époques le lièvre à été un des gibiers les plus recherchés.
Pour une poignée de chasseurs qui aiment l’action et qui ne se résignent pas à accrocher le fusil en hiver, les belles journées froides sont fantastiques pour chasser le lièvre. Celle traque d’hiver n’a rien de commun avec aucune autre chasse, à la limite c’est quasiment de la poésie !
À part la chasse des lagopèdes qu’on pratique quand ils sont au sommet d’un cycle d’abondance à des centaines de milles au nord, cette récréation bien québécoise reste l’ultime défi de la saison de chasse des petits gibiers. Rien n’égale ces vivifiantes randonnées en raquettes à traquer le gibier le plus abondant de la belle province. Il est toutefois regrettable que cette récréation si populaire autrefois soit presque reléguée aux oubliettes par les jeunes. C’est peut être la vie moderne et les nouvelle technologies des i Phone, des i Pad et de toute sortes de gadgets techno qui sape l’intérêt de notre jeunesse pour l’activité cynégétique…En tout cas, ce n’est pas parce qu’il y a moins de lièvres. Au contraire tous ces territoires abandonnés par l’homme sont plus vifs que jamais en capucins qui affectionnent les friches comme la faune en général. Bien sur les temps ont changé, la société a évolué mais la chasse aux lièvres elle, n’a pas changé.
Il existe plusieurs manières de chasser le lièvre. Il y a tout d’abord la plus belle et la plus facile, la chasse fine qui consiste à suivre seul un léporidé à la trace. Il y a aussi l’agréable battus avec les copains. Ensuite il y a la traque avec des chiens courant comme le beagle qui se pratique autant en hiver sur la neige que pendant l’automne. Enfin il y a le trappage à l’aide de collet ou fil de laiton qui est encore pratiqué. N’oublions pas que le lièvre est le seul gibier sauvage en vente légale sur les étales des marchés au Québec.
BLANC SUR BLANC…

La chasse fine en hiver est une affaire visuelle dans la forêt muette…Il y a des pistes partout. Regardez ce chemin bien tapé que nous appelons une autoroute à lièvres. Là , un tas de crottes rondes et lustrées près d’une branche de peuplier rongée. Ce sont là de précieux indices qui indiquent la présence de porteurs de longues oreilles dans le secteur .Il s’agit maintenant de le localiser et de le faire bouger. Le chasseur doit s’accroupir et «zyeuter »devant et derrière. Il doit analyser chaque détail de l’environnement, chaque rondeur sur la neige. Le lièvre ne s’abrite jamais ou très rarement dans un terrier ou un trou. Il gîte tout simplement à l’abri d’une branche basse de conifère, près d’une souche ou d’une dépression du sol. Le passionné de cette traque sait reconnaître les contrastes et les accidents du terrain. Cherchez l’œil noir du lièvre qui, n’ayez crainte, vous a déjà repéré.
Il faut être vraiment allumé dans la détection des mouvements du lièvre qui détale à une vitesse grand « V » et surtout ne pas marcher trop vite. Ici à la chasse au lièvre le vieux dicton disant que le jeune chasseur passe et le vieux ramasse s’applique à merveille .N’oubliez pas qu’il est entièrement blanc dans un environnement tout aussi blanc. Il arrive souvent de lever un lièvre et de le voir disparaître le temps d’un éclair derrière une butte ou un arbre sans avoir eu la chance d’épauler. Généralement, il ne court pas sur une longue distance.
UNE CHASSE D’HIVER…
Je me souviens d’une traque en particulier, c’était un beau matin froid de février, quand les cristaux de neiges brillent comme des diamants au soleil. Je suivais une piste de lièvre récente qui menait tout droit vers un amoncèlement de cornouillers recouvert de neige .Les traces du gibier entraient sous le dôme mais aucune n’en ressortaient. Je savais qu’il était là et il s’avait aussi qu’il y avait un danger dehors. Pour faire sortir le blanchot de son refuge, il faut donner de bons coups de pieds ou sauter à pieds joint tout en gardant l’équilibre pour tirer…C’est en mettant la raquette sur l’amas de branches que le lièvre s’éjecte comme le bouchon d’une bouteille de brut, droit devant moi. À toute vitesse ses longues oreilles rabattues vers l’arrière, il file dans cette neige molle avec une aisance incroyable. En un clin d’œil j’épaule et…PAN ! Manqué ! J’ai tiré derrière le fuyard. D’un seul bon il change de direction sans perdre de vélocité et disparaît sous les branches basses de l’unique gros sapin du boisé. Cette séquence s’est déroulée tellement vite que je n’ai même pas eu la chance de doubler. Les yeux grands ouverts le pouce sur la sureté, je me dirige vers ce gite quand le lièvre s’arrache violemment de sa cachette et déboule en flèche vers des broussailles denses enneigées. Un coup de feu claque .Je peu voir dans la petite éclaircie, le capucin faire une culbute cul par-dessus tête en soulevant un petit nuage de poudreuse jusqu’à ce que tout s’arrête…Il doit faire trois livres, ce sont les meilleurs. Quel beau début de journée…

La chasse à tir du lièvre avec des chiens courants
La chasse à tir du lièvre avec des chiens courants à déjà été populaire au Québec. Il était des régions où il y avait presque un beagle par maison. Ce petit chien à la cote pour la chasse du lièvre et du lapin. Courageux et vaillant, rien ne le rebute .Ni le froid, ni la neige épaisse et en plus il est sociable et gentil. Une mené de beagles un petit matin d’hiver quand la neige crisse sous les raquettes, y a rien pour battre ça. « Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver » chantait le poète.
Aujourd’hui nous ne chassons plus pour nous nourrir, mais dans un passé pas si lointain dans les campagnes d’Amérique c’est au cadet de la famille qu’incombait la « tâche » de capturer les lièvres au collet pour changer de l’ordinaire. En hiver ils cordaient les lièvres gelés dans le hangar à bois …comme du bois. Quand la mère décidait qu’il y aurait du lièvre pour un repas, il s’agissait simplement de rentrer un lièvre afin qu’il dégèle et le tour était joué.
Dernièrement j’écoutais sur un vieux documentaire le témoignage d’un grand-père qui racontait la naissance du village de Boileau au Saguenay. Le vieil homme évoquait le travail colossal des défricheurs et combien à cette époque la forêt pourvoyait à l’essentiel.
«On en a mangé du lièvre et de la perdrix» disait-il…

Pratiquer la chasse au lièvre l'hiver est une véritable partie de plaisir
ÉPILOGUE…
En mars le fusil gagne le râtelier. Les jours deviennent plus longs et chaud, faisant disparaître les dernières traces de neige. On dit que les mâles deviennent fous. Ils quittent leur domaine d’hiver en même temps que leur pelage redevient brun. Ils s’affrontent dans des courses folles et des simulacres de combats dans les clairières pour le cœur d’une hase. Juché debout sur ses pattes arrière les oreilles dressées, le lièvre regarde revenir les outardes et passer les nuages et les étoiles. Ça s’appelle le printemps…
