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Carabines: Balistique et grande froidure, des tests révélateurs
Carabines: Balistique et grande froidure, des tests révélateurs
22/12/2011 | Par Jeannot Ruel
PAR JEANNOT RUEL ET RALPH COLGAN

 

 

Nombreux sont les chasseurs de caribou d’hiver qui sont persuadĂ©s que le grand froid affecte sĂ©rieusement les performances balistiques des carabines. Les auteurs ont menĂ© des tests exhaustifs qui visent Ă  clarifier cette question.

 

 

Relevé de données atmosphériques avant le début des tests de tir au froid avec les trois carabines apparaissant sur la photo.

 

 

«Je reviens de la chasse au caribou d’hiver et lors de tirs par tempĂ©rature de –30 Â°C Ă  une distance d’environ 200 verges avec ma carabine ajustĂ©e pour cette distance, je devais viser en haut du dos de l’animal pour l’atteindre, sinon la balle faisait voler la neige en-dessous de son ventre. Se pourrait-il qu’à cause du grand froid la trajectoire du projectile soit affectĂ©e Ă  ce point? Auriez-vous dĂ©jĂ  fait des tests prĂ©cis Ă  ce sujet?» Ce genre de questionnement apparaĂźt assez souvent dans les interrogations que nous adressent rĂ©guliĂšrement nos lecteurs, et nous avons dĂ©cidĂ© d’essayer de tirer cela au clair.

Dans un article paru prĂ©cĂ©demment dans le magazine Sentier CHASSE-PÊCHE, Jean-Claude Pomerleau mentionnait dĂ©jĂ  que selon le manuel du fabricant de poudre Vihtavuori, une balle ayant une vĂ©locitĂ© de 2900 pi/s Ă  +21 Â°C subissait une perte de moins de 200 pi/s (6,9 %) lorsque tirĂ©e Ă  –55 Â°C. Il mentionnait Ă©galement que selon des donnĂ©es soutirĂ©es du manuel de rechargement Speer No 11, une balle de .30-06 de 165 grains avec une vitesse Ă  la bouche de 2725 pi/s Ă  21 Â°C subissait une perte de vitesse de seulement 3,45 % (94 pi/s) lorsque tirĂ©e Ă  –18 Â°C. Ces mĂȘmes donnĂ©es montraient que la plus grande part de cette perte (2,11 %) Ă©tait subie dans la gamme la plus haute de tempĂ©ratures (entre +21 et +5 Â°C), alors que la gamme la plus basse (de +5 Ă  –18 Â°C) ne provoquait une perte que de 1,34 %. Ces donnĂ©es n’ont pas empĂȘchĂ© les chasseurs de raffermir dans leur esprit la croyance qu’à cause du grand froid le projectile d’une carabine «tombe» plus rapidement, cette conclusion non vĂ©rifiĂ©e se rĂ©pandant comme une traĂźnĂ©e de poudre dans la confrĂ©rie.

Il faut bien ĂȘtre conscient au dĂ©part que votre carabine ne tire jamais ses balles exactement Ă  la mĂȘme vitesse Ă  chaque coup. En fait, l’écart maximal entre le coup Ă  la vitesse la plus basse et celui Ă  la vitesse la plus haute dans une sĂ©rie atteint trĂšs souvent de 50 Ă  75 pi/s (sauf peut-ĂȘtre avec des munitions trĂšs minutieusement rechargĂ©es), et il n’est pas rare que cette diffĂ©rence atteigne 100 pi/s. Il faut bien savoir aussi que mĂȘme une diffĂ©rence de 100 pi/s n’a guĂšre d’effet sur la courbe de trajectoire Ă  des distances de tir raisonnables. Ainsi, avec un mĂȘme ajustement Ă  100 verges, une balle de .30-06 de 165 grains Ă  bout effilĂ© qui serait tirĂ©e Ă  seulement 2625 pi/s au lieu de 2725 pi/s aurait un impact d’environ 1 1/4 po plus bas Ă  200 verges et moins de 3 1/2 po plus bas Ă  300 verges. À elle seule, cette donnĂ©e ne serait donc pas une raison pour «voir voler la neige sous le ventre de son gibier».

Des tests précis

Nous avons donc dĂ©cidĂ© de «prendre le taureau par les cornes» et d’établir une procĂ©dure de tests comparatifs de relevĂ©s de vĂ©locitĂ© au chronographe et de groupements Ă  une tempĂ©rature clĂ©mente d’automne dans un premier temps, puis Ă  une tempĂ©rature trĂšs froide de milieu d’hiver dans un second temps. Les premiers tests ont Ă©tĂ© effectuĂ©s Ă  la mi-novembre par une tempĂ©rature de +5 Â°C, comme un chasseur qui procĂ©derait Ă  l’ajustement de sa carabine en pĂ©riode de chasse au chevreuil, les deuxiĂšmes ayant eu lieu sous un thermomĂštre affichant –26 Â°C au cours d'une pĂ©riode de grande froidure de janvier.

Nous avons tenu Ă  inclure dans ces tests trois carabines diffĂ©rentes, pour voir si les tendances comparatives se maintiendraient d’un modĂšle et d’un calibre Ă  l’autre. La premiĂšre Ă©tait une Remington 700 ADL Ă  crosse synthĂ©tique de calibre .30-06 ayant fait l’objet d’un moulage d’assise complet, incluant le lit du fĂ»t. La deuxiĂšme, une Browning A-Bolt Medallion Ă  crosse de bois de calibre 7mm Rem. Mag. avait subi aussi un moulage d’assise, mais au niveau du boĂźtier de culasse seulement et en conservant son canon flottant. La troisiĂšme, une Remington 700 BDL Ă  crosse de bois de calibre .300 Rem. Ultra Mag., n’avait subi aucune modification, conservant son assise originale et son appui du canon tout au long du fĂ»t. Pour les tests, les trois carabines ont Ă©tĂ© Ă©quipĂ©es de lunettes de visĂ©e de marques Bushnell et Leupold de puissance allant de 6-18x Ă  6-24x.

La .30-06 et la 7mm ont Ă©tĂ© utilisĂ©es avec des cartouches commerciales, pour lesquelles nous avons choisi simplement deux types de cartouches dont nous savions qu’elles donnaient une prĂ©cision respectable dans ces armes, soit des Remington Core-Lokt PSP de 165 grains pour la premiĂšre et des Remington Core-Lokt Ultra de 140 grains pour la deuxiĂšme. Pour la .300 UM, nous avons utilisĂ© des cartouches rechargĂ©es, suite Ă  des recherches et essais minutieux, avec balles Nosler Ballistic Tip de 180 grains. Ces munitions donnent Ă  cette carabine une prĂ©cision tout Ă  fait remarquable et nous les avons incluses dans les tests afin de voir si elles pouvaient ĂȘtre plus ou moins affectĂ©es par le froid que les cartouches commerciales.

Procédure

Pour les tests d’automne Ă  +5 Â°C, nous avons commencĂ© par ajuster le plus prĂ©cisĂ©ment possible le centre d’impact des groupements de chaque carabine Ă  3 po plus haut que le centre de la cible Ă  100 verges, puis nous nous sommes assurĂ©s de disposer de suffisamment de cartouches de la mĂȘme boĂźte pour les tests subsĂ©quents, afin d’éliminer une variable possible due Ă  des lots de cartouches diffĂ©rents.


À ce stade, nous avons installĂ© le chronographe Ă  2 verges de la bouche du canon, celui-ci Ă©tant muni d’un systĂšme d’éclairage Ă  diffuseurs au-dessus de chaque senseur, afin d’éliminer de possibles variations dus Ă  un angle d’éclairage diffĂ©rent du soleil. Nous avons alors effectuĂ© un groupement de 5 coups avec chaque carabine sur des cibles diffĂ©rentes, notant soigneusement la vĂ©locitĂ© de chaque coup dans l’ordre, le tout Ă©tant ensuite annotĂ© sur les cibles qui ont Ă©tĂ© prĂ©cieusement conservĂ©es pour comparaisons ultĂ©rieures. Les carabines ont ensuite Ă©tĂ© rangĂ©es Ă  l’armoire sans y toucher d’aucune façon jusqu’au moment des tests au grand froid.

Le soir du 20 janvier, les mĂ©tĂ©orologues annonçaient un grand froid pour la nuit et la journĂ©e du lendemain. Nous avons donc placĂ© les carabines Ă  l’extĂ©rieur, dans un abri sĂ©curitaire, accompagnĂ©es de la moitiĂ© des cartouches restantes et d’un thermomĂštre pouvant indiquer la tempĂ©rature minimale atteinte au cours de la nuit. L’autre moitiĂ© des cartouches a Ă©tĂ© conservĂ©e Ă  l’intĂ©rieur, puis gardĂ©e au chaud dans les poches intĂ©rieures de nos manteaux au cours de la sĂ©ance de tir, ceci afin de dĂ©terminer si la tempĂ©rature des cartouches elles-mĂȘmes pouvait avoir un impact sur leur vitesse.


Le bon fonctionnement de tout instrument Ă©lectronique Ă  affichage par cristaux liquides risque d’ĂȘtre sĂ©rieusement affectĂ© au grand froid, et Ă  cet effet, nous avions conçu pour le chronographe un «cercueil» complet de styromousse isolante, ne laissant qu’une ouverture pour les senseurs et l’écran d’affichage. Nous avions quand mĂȘme crainte d’éprouver des difficultĂ©s de lecture, mais nous avons Ă©tĂ© heureux de constater que tout fonctionnait Ă  merveille.

 

 




















Pour s’assurer du bon fonctionnement du chronographe au grand froid, celui-ci a Ă©tĂ© protĂ©gĂ© par un «cercueil» de styromousse; noter le systĂšme d’éclairage au-dessus des diffuseurs de chaque senseur.

 

Le thermomĂštre laissĂ© Ă  l’extĂ©rieur avec les armes montrait que le mercure Ă©tait descendu Ă  –30 Â°C au cours de la nuit, tel que prĂ©vu par le bureau d’Environnement Canada. À 10 h du matin au champ de tir, le mercure indiquait –26 Â°C avec un facteur de refroidissement Ă©olien de –38 Â°C, une tempĂ©rature qui s’est maintenue tout au long de nos tests. D’ailleurs, l’instrument Ă©lectronique dont nous nous sommes servis pour relever les conditions prĂ©cises de chaque test (Brunton Atmospheric Data Center) avait la capacitĂ© d’afficher en plus de la tempĂ©rature, l’altitude, la pression baromĂ©trique, le taux d’humiditĂ©, etc., ces donnĂ©es devant ensuite ĂȘtre introduites comme paramĂštres dans notre logiciel de trajectoire balistique (Sierra Infinity).

Nous avons refait un premier test de groupement de 5 coups avec chaque carabine et avec les munitions conservĂ©es au froid, notant encore une fois la vĂ©locitĂ© de chaque coup. AprĂšs une pĂ©riode d’attente, nous avons rĂ©pĂ©tĂ© les mĂȘme tests dans les mĂȘmes conditions avec les munitions conservĂ©es au chaud. À la suite de tout cela, et aprĂšs avoir soigneusement amassĂ© et annotĂ© les cibles, nous pouvons vous garantir que nous Ă©tions plus qu’heureux de revenir Ă  la chaleur


Résultats en confirmation

 

En tout premier lieu, on peut dire que les rĂ©sultats de nos tests sont trĂšs concordants avec les donnĂ©es que M. Pomerleau mentionnait dans l’article citĂ© plus haut. Comme on pourra le voir au tableau A ci-dessous, la perte de vĂ©locitĂ© au froid (avec des cartouches froides) varie de 0 Ă  3,12 % selon la carabine, ce qui reprĂ©sente moins de 100 pi/s dans le pire des cas. Par ailleurs, Ă  notre grande surprise, le fait de conserver les cartouches au chaud pour le tir au froid ne semble avoir eu aucune incidence sur la vĂ©locitĂ©; en fait, la perte de vĂ©locitĂ© moyenne avec ces cartouches «chaudes» a Ă©tĂ© lĂ©gĂšrement supĂ©rieure dans chaque cas, sauf pour la .300 UM dont la vitesse a affichĂ© un lĂ©ger gain par rapport au tir effectuĂ© au mois de novembre. Donc, malgrĂ© ce que l’on pourrait croire, l’effet du froid sur la vitesse des cartouches est tellement minime que, dans la majoritĂ© des cas, il ne dĂ©passe pas l’écart typique de vĂ©locitĂ© qu’on peut observer d’un coup Ă  l’autre dans les meilleures conditions.

Nous aurions pu penser que la vĂ©locitĂ© des coups subsĂ©quents aux premiers sur chaque carabine aurait pu au moins montrer une augmentation progressive de vitesse, Ă  cause de l’échauffement du canon, mais il n’en est rien. Sauf dans un cas, c’est plutĂŽt le premier coup qui a inscrit une vitesse lĂ©gĂšrement plus Ă©levĂ©e. Du cĂŽtĂ© des groupements, leur Ă©tendue s’est quelque peu Ă©largie lors du tir au froid, sauf dans le cas des cartouches «froides» tirĂ©es dans la .30-06 Ă  crosse synthĂ©tique qui nous ont donnĂ© un Ă©tonnant groupement de 5 coups de moins de 3/4 po (probablement un heureux concours de circonstances); d’ailleurs, le groupement de cette mĂȘme carabine avec les cartouches «chaudes» est revenu Ă  un Ă©tendue plus rĂ©aliste de 2 po. L’analyse du tableau A permettra de prendre connaissance de toutes les donnĂ©es de ces rĂ©sultats.








 

 

 





















Pour ce qui est du point d’impact central des groupements, la sĂ©rie de photos des cibles 1, 2 et 3 ci-dessous pourra ĂȘtre comparĂ©e Ă  la sĂ©rie 4, 5 et 6. On y notera immĂ©diatement que le point d’impact de la .30-06 Ă  crosse synthĂ©tique est demeurĂ© pratiquement le mĂȘme dans les deux sĂ©ries de tests, Ă  chaud et Ă  froid, mais que les deux carabines Ă  crosse de bois, mĂȘme la 7mm Ă  canon flottant, ont vu leur point central de groupement grimper Ă  plus de 1 1/2 po plus haut lors des tests de janvier par rapport Ă  ceux de novembre. Il nous apparaĂźt Ă©vident que ce changement est dĂ» aux points de pression diffĂ©rents entre le bois et le mĂ©tal, au niveau du boĂźtier de culasse dans un cas et du canon dans l’autre, Ă  cause de la contraction des matĂ©riaux et/ou du taux d’humiditĂ© diffĂ©rent.


On remarquera cependant qu’au lieu de provoquer des tirs plus bas, cet effet aurait rĂ©sultĂ© en des tirs passablement plus hauts Ă  plus grande distance. Cependant, l’effet des changements de points de pression entre l’action et la crosse d’une carabine sont imprĂ©visibles, et si ce changement de point de pression s’effectuait vers l’arriĂšre du boĂźtier de culasse, ceci pourrait expliquer, du moins en partie, des tirs dĂ©portĂ©s vers le bas.

 


 




























Dans l’article mentionnĂ© plus haut, M. Pomerleau relatait aussi le cas du collaborateur Dick Metcalf de la revue Shooting Times qui avait constatĂ© que sa carabine avait un point d’impact passablement diffĂ©rent Ă  300 verges lorsque exposĂ©e au grand froid. Malheureusement, il n’est fait mention ni du calibre, ni du modĂšle de l’arme, pas plus que de son type de crosse; selon nous, pour rĂ©sulter en une diffĂ©rence marquĂ©e du point d’impact, la carabine devait comporter une crosse Ă  bois trĂšs peu stable ou Ă  l’assise dĂ©ficiente. En effet, si on en juge par les rĂ©sultats de nos tests, les diffĂ©rences constatĂ©es sur deux de nos trois carabines Ă©taient trop minimes pour expliquer le degrĂ© d’imprĂ©cision mentionnĂ© dans les rĂ©criminations des chasseurs de caribou d’hiver.

Et la trajectoire?

 

GrĂące au site Internet de mĂ©tĂ©orologie d’Environnement Canada (www.meteo.ec.gc.ca/canada_f.html), nous avons pu dĂ©terminer les conditions en vigueur en ce matin du 21 janvier Ă  la station de Kuujuarapik (Ă  la mĂȘme latitude approximative que les secteurs de chasse au caribou dans la rĂ©gion de la Baie James). Il y faisait une tempĂ©rature de – 27 Â°C (facteur de refroidissement Ă©olien Ă  – 38 Â°C), avec pression atmosphĂ©rique de 102,2 kPa et un taux d’humiditĂ© de 64 %. Quant Ă  l’altitude moyenne sur la route TranstaĂŻga, elle varie de 1675 pi au rĂ©servoir Caniapiscau Ă  639 pi Ă  Radisson, avec 1300 pi entre Fontanges (Laforge) et LG-4, soit au niveau de la pourvoirie Mirage.


Nous avons donc introduit toutes ces donnĂ©es dans notre logiciel de balistique avec les relevĂ©s de vitesse et de points d’impact de nos tests de janvier au champ de tir pour faire les projections les plus prĂ©cises possible de trajectoire «à froid» de chaque carabine. En second lieu, nous avons introduit dans le mĂȘme logiciel de balistique les donnĂ©es environnementales en vigueur Ă  notre champ de tir lors des tests de novembre, de maniĂšre Ă  faire la projection comparative des trajectoires Ă  chaud et Ă  froid pour chaque carabine. Les rĂ©sultats de cette projection informatique apparaissent aux tableaux B, C et D, avec les donnĂ©es de hausse ou de chute de la trajectoire, ainsi que les vitesses rĂ©siduelles, Ă  chaque distance jusqu’à 500 verges.

 

 

 

 


















































MalgrĂ© les petits changements de point d’impact constatĂ©s Ă  100 verges, on verra que les diffĂ©rences de trajectoire Ă  longue distance ne sont quand mĂȘme pas trĂšs marquĂ©es. Nous sommes dĂ©solĂ©s pour les chasseurs de caribou d’hiver qui tiennent Ă  mettre la faute sur la supposĂ©e baisse de performance des carabines et munitions au grand froid, mais nos tests dĂ©montrent qu’il faut chercher les explications ailleurs


 

Autres possibilités

 

Comme mentionnĂ© plus haut, il est fort possible qu’une crosse dont le bois est instable ou dont l’assise est dĂ©ficiente puisse causer un changement de point d’impact notable lorsque les conditions de tempĂ©rature et d’humiditĂ© sont trĂšs diffĂ©rentes. D’ailleurs, chaque chasseur peut avoir une bonne idĂ©e de l’importance de cet Ă©lĂ©ment sur sa propre carabine simplement en notant si le point d’impact de son arme a tendance Ă  varier chaque fois qu’il se prĂ©sente au champ de tir, ou si l’ajustement demeure relativement stable d’une fois Ă  l’autre. D’autre part, il est peu probable que l’instabilitĂ© de la crosse soit la seule cause, puisque l’effet pourrait tout aussi bien rĂ©sulter en un tir trop haut, alors que tous les chasseurs au froid semblent toujours dĂ©plorer des coups manquĂ©s par des tirs trop bas.

En passant, il nous faut mentionner que lors de nos tests de tir de janvier, le percuteur de la .30-06 Ă©tait au dĂ©part partiellement figĂ© et n’arrivait pas Ă  percuter l’amorce avec suffisamment de force pour la faire dĂ©toner. Un dĂ©montage de la culasse a permis de constater que, mĂȘme si l’intĂ©rieur et le ressort avaient Ă©tĂ© nettoyĂ©s et dĂ©barrassĂ©s de leur surplus de graisse, un film d’humiditĂ© de condensation sur la tige arriĂšre du percuteur (un endroit difficile Ă  atteindre) s’était transformĂ© en frimas, empĂȘchant celui-ci de glisser librement Ă  travers la coiffe arriĂšre de la culasse et rendant la course du percuteur trĂšs paresseuse.


Ceci dĂ©montre bien sĂ»r toute l’importance d’effectuer un nettoyage Ă  fond de la culasse de son arme, ou de faire effectuer le travail par un armurier, avant le dĂ©part pour une chasse au grand froid. Cependant, selon nos tests, la mise Ă  feu se fait ou elle ne se fait pas, et nous n’avons constatĂ© dans tous les coups tirĂ©s aucun Ă©cart de vĂ©locitĂ© d’importance suffisante pour laisser croire qu’un mauvais allumage de l’amorce puisse provoquer une quelconque diffĂ©rence de point d’impact.

 

Le systÚme de visée

Entretemps, une autre question de lecteur nous a mis sur la piste d’une explication supplĂ©mentaire possible. Ce correspondant, chasseur de coyote en hiver, relatait avoir connu des problĂšmes avec des tĂ©lescopes de marques diffĂ©rentes. UtilisĂ©s Ă  l’étĂ©, Ă  l’automne ou mĂȘme au dĂ©but de l’hiver, ces instruments s’avĂ©raient prĂ©cis, permettant des groupements assez rĂ©guliers de 7/8 po Ă  100 verges avec sa carabine de calibre .22 Hornet. L’hiver venu, ces mĂȘmes tĂ©lescopes ne semblaient pas conserver leur ajustement. Notre correspondant avait mĂȘme retournĂ© certains de ces tĂ©lescopes pour rĂ©vision aux manufacturiers, mais sans arriver Ă  corriger le problĂšme.

Ceci pourrait constituer une indication qu’une Ă©ventuelle paresse du systĂšme d’ajustement interne du tĂ©lescope due au froid pourrait reprĂ©senter une explication plausible aux rĂ©criminations rĂ©pĂ©tĂ©es des chasseurs de caribou d’hiver. Le systĂšme d’ajustement d’un tĂ©lescope est basĂ© sur un tube interne contenant le rĂ©ticule retenu Ă  un bout par une rotule et soutenu Ă  l’autre bout par un systĂšme de ressort Ă  lame en position opposĂ©e aux vis d’ajustement. Il est fort possible que sur certains tĂ©lescopes, ce systĂšme Ă  ressort rĂ©ponde mal aux ajustements lorsqu’il est figĂ© par le froid.


De plus, lors de tests prĂ©cĂ©dents, nous avions dĂ©terminĂ© que les ajustements de certains instruments de qualitĂ© moyenne ne rĂ©pondent plus vers la fin de la gamme de «dĂ©vissage» des vis de rĂ©glage; deux des tĂ©lescopes soumis aux tests avaient mĂȘme jusqu’à 100 dĂ©clics inactifs (aucun effet sur le rĂ©ticule) en fin de course de la vis d’ajustement vertical. Donc, si l’alignement des montures nous oblige Ă  approcher cette gamme de rĂ©glages inactifs d'un tĂ©lescope de piĂštre qualitĂ© pour ajuster le point d’impact de notre carabine Ă  l’élĂ©vation souhaitĂ©e, le systĂšme se retrouve en position pour le moins prĂ©caire. L’ajustement peut demeurer adĂ©quat sous des tempĂ©ratures modĂ©rĂ©es, mais en conditions de grand froid, il est fort possible que le ressort du tube interne du rĂ©ticule perde de sa tension de sustentation, et consĂ©quemment le rĂ©ticule serait dĂ©placĂ© vers le bas.


Il faut savoir que lorsqu’on veut ajuster le point d’impact de notre carabine vers le haut, il faut que le rĂ©ticule se dĂ©place vers le bas, nous obligeant Ă  pointer le canon de la carabine plus haut pour viser le mĂȘme point dans le tĂ©lescope. Il faut cependant bien comprendre aussi que dans les tĂ©lescopes de fabrication nord-amĂ©ricaine, l’image se trouve inversĂ©e (la tĂȘte en bas) lorsqu’elle passe au niveau du rĂ©ticule; c’est une lentille de redressement situĂ©e Ă  l’arriĂšre du tube interne du rĂ©ticule qui replace l’image Ă  l’endroit avant de la transmettre Ă  travers l’oculaire. Ceci explique aussi pourquoi il faut dĂ©visser la vis supĂ©rieure d’ajustement pour faire remonter le point d’impact de la carabine, le ressort Ă©tant alors censĂ© repousser le tube du rĂ©ticule vers le haut (donc vers le bas de l’image inversĂ©e).

 

On sait tous que les mĂ©taux ont tendance Ă  se rĂ©tracter sous un froid intense. Donc, si le ressort de sustentation du rĂ©ticule n’a plus la tension nĂ©cessaire, parce qu’il est dĂ©jĂ  en position rapprochĂ©e de la fin de sa capacitĂ© de poussĂ©e, et qu’en plus il est rĂ©tractĂ© et figĂ© par le froid, qu’arrive-t-il croyez-vous?
 Le tube interne du rĂ©ticule ne pouvant plus remonter Ă  sa bonne position, il demeure trop bas (dans la partie haute de l’image inversĂ©e) et il en rĂ©sulte des tirs trop bas sur la cible. Il nous apparaĂźt que ce pourrait ĂȘtre lĂ  l'explication la plus plausible de ces rĂ©criminations de chasseurs au grand froid.

 

À ce chapitre, on peut effectuer facilement une petite vĂ©rification sur son propre tĂ©lescope de la façon suivante : Ă  partir de la position d’ajustement normal, on dĂ©visse la vis de rĂ©glage vertical en comptant le nombre de dĂ©clics jusqu’à la fin de course de cette vis. S’il ne reste que 20 ou 30 dĂ©clics avant que la vis ne s’arrĂȘte, il y aurait lieu de soupçonner un problĂšme du genre de celui mentionnĂ© ci-haut, surtout s’il s’agit d’un instrument bas de gamme.

 

Et le facteur humain?

 

Évidemment, en tant que chasseurs, on est toujours prompts Ă  pointer des Ă©lĂ©ments hors de notre contrĂŽle pour expliquer un coup manquĂ©. Pourtant, mĂȘme si la chose n’est pas nĂ©cessairement trĂšs agrĂ©able Ă  envisager, force nous est d’aborder un Ă©lĂ©ment jamais mentionnĂ© dans les rĂ©criminations des chasseurs : le facteur humain!

 

En premier lieu, encore trop de chasseurs tentent d’ajuster leur carabine Ă  l’aide d’installations prĂ©caires et en plaçant la cible Ă  25 verges, sous prĂ©texte que le point d’impact Ă  cette distance sera le mĂȘme Ă  225 verges environ; encore pire, plusieurs de ceux-lĂ  se contentent de faire effectuer l’ajustement par quelqu’un d’autre. Nous ne le rĂ©pĂ©terons jamais assez : l’ajustement Ă  25 verges n’est qu’une Ă©tape primaire pour ĂȘtre certain de toucher la cible avec une carabine non ajustĂ©e, et le rĂ©glage final devrait toujours ĂȘtre effectuĂ© Ă  100 verges, en tenant compte non pas seulement de un ou deux coups mais du centre d’un groupement d’au moins trois coups.

 

À 25 verges, pratiquement tous les tĂ©lescopes de chasse prĂ©sentent un sĂ©rieux effet de parallaxe qui peut rĂ©sulter en des erreurs de visĂ©e difficilement notables Ă  cette courte distance mais importantes Ă  100 verges ou plus, et cela d’autant plus si l’ajustement est effectuĂ© par un autre. Curieusement, ces mĂȘmes chasseurs qui ne se sentent pas assez assurĂ©s pour effectuer des tirs d'ajustement prĂ©cis Ă  100 verges, Ă  partir d’un banc et de supports solides, semblent croire qu’une balle dirigĂ©e vers un gibier devrait infailliblement atteindre le point visĂ© Ă  200 verges ou plus, la plupart du temps Ă  partir d’une position de tir trĂšs instable, alors qu’ils portent des vĂȘtements Ă©pais et encombrants et qu’ils ont les doigts tellement figĂ©s qu’il est impossible de bien «sentir» la dĂ©tente


 

Pour l’avoir vĂ©cu, nous pouvons attester de la difficultĂ© de contrĂŽle d’une bonne technique de tir en conditions de grande froidure. On est plus ou moins frigorifiĂ©, on a la «bibitte aux doigts» et on arrive difficilement Ă  contrĂŽler la trĂšs importante pression progressive sur la queue de dĂ©tente. Tout cela incite fortement au trĂšs nĂ©faste «coup de doigt» qui reprĂ©sente sans aucun doute la toute premiĂšre raison d’un coup de carabine manquĂ©. Si on ajoute Ă  cela, la difficultĂ© d’évaluation des distances sur un terrain partiellement dĂ©nudĂ© et exempt d’élĂ©ments de rĂ©fĂ©rence connus, on se retrouve avec un ensemble de conditions trĂšs peu propices Ă  la prĂ©cision du tir, et on devrait en ĂȘtre bien conscient.

 

En conclusion

 

Parmi toutes les possibilitĂ©s mentionnĂ©es pour expliquer les coups manquĂ©s sur du gibier en conditions hivernales, se trouve certainement une ou plusieurs solutions qui puisse s’appliquer Ă  chaque cas, et il s’agira de les Ă©valuer honnĂȘtement une Ă  une pour repĂ©rer la plus plausible pour corriger la situation. En fin de compte, pourquoi ne prendrait-on pas la prĂ©caution de se rendre Ă  un champ de tir (il en existe plusieurs qui sont ouverts Ă  l’annĂ©e longue) peu de temps avant le dĂ©part pour un voyage de chasse hivernal, afin de vĂ©rifier l’ajustement de l’arme dans des conditions de froidure? Et pourquoi ne pas apporter avec soi quelques cibles afin de vĂ©rifier l’ajustement par un ou deux coups une fois sur place?

 

En tout cas, les rĂ©sultats de nos tests indiquent qu’il faudrait cesser de jeter le blĂąme des Ă©ventuels coups manquĂ©s sur une illusoire baisse de performance balistique des carabines ou des munitions par temps froid. Pour nous, cette supposition boiteuse ne tient plus la route!

 

 

 

 

Commentaires
Gérard Guyon | 04/01/2012
Cet article est trÚs édifiant et devrait remettre les pendules à l'heure. Pour ma part j'ai constaté que la plus grande variation est obtenu avec la premiÚre balle issue d'un canon propre par rapport aux suivantes peu importe les conditions atmosphériques. Je n'en tiens donc pas compte lors de la mesure des groupements de mes tests de rechargement.
Les tireurs européens appellent cela le coup de flambage qui est généralement tiré sur la cible d'ajustement.
Le problĂšme survient en condition de chasse oĂč le canon est gĂ©nĂ©ralement encore propre lorsque l'on est en mesure de tirer pour prĂ©lever un gibier.