Au Québec, chasser l’orignal est une véritable passion pour plus de 170 000 adeptes. Alors que certains détiennent le territoire de chasse idéal, d’autres se demandent s’il est pertinent d’investir de l’énergie dans le leur. Pour permettre à tous les chasseurs d’évaluer la qualité du territoire qu’ils occupent ou qu’ils convoitent, je vous propose un petit exercice basé sur l’évaluation de six critères que je considère comme très importants dans le choix d’un secteur de chasse à l’orignal.
Pour en arriver à une analyse intéressante, chaque critère sera évalué et noté de 1 à 5, 1 étant le score le plus faible et 5 le plus élevé. Pour vous aider à estimer correctement chacun des critères, des explications détaillées accompagneront chacun des choix de réponses possibles. De plus, des tableaux de statistiques officielles fourniront une vision plus globale. De cette façon, vous pourrez évaluer chacun des points pour en arriver à une note finale. Est-ce qu’un territoire fortement giboyeux représentera nécessairement le meilleur territoire? C’est ce que nous verrons en complétant cet exercice.
1- La densité d’orignaux
Bien entendu, un bon territoire de chasse doit abriter une population d’orignaux intéressante. Pour en déterminer la densité dans votre secteur, référez-vous au tableau 1 ou 2. Le premier présente la densité d’orignaux dans chaque zone du Québec (excluant les réserves fauniques), tandis que le second l’indique dans chaque réserve faunique du Québec. Si vous chassez dans un territoire comme une pourvoirie ou une zec et que vous connaissez la densité d’orignaux de votre territoire, assurez-vous d’utiliser cette donnée. Voilà donc pour ce premier point, et la note est allouée en fonction de la densité d’orignaux dans votre secteur de chasse.
Allocation de pointage
- Moins de 1 orignal aux 10 km2 : 1 point
- 1 ou 2 orignaux aux 10 km2 : 2 points
- 3 ou 4 orignaux aux 10 km2 : 3 points
- 5 Ă 9 orignaux aux 10 km2 : 4 points
- 10 orignaux et plus aux 10 km2 : 5 points
Pointage obtenu : _____
Commentaire : Une densité d’au moins 2 orignaux/10 km2 est souhaitable lorsqu’on décide d’investir son énergie dans un secteur donné. Par contre, la conjugaison d’éléments favorables, comme une longue saison permettant de chasser dans les meilleures périodes jumelée à une faible densité de chasseurs dans un territoire moins giboyeux, peut tout de même permettre au chasseur de tirer son épingle du jeu.

La densité d’orignaux dans un secteur n’est pas l’unique critère à considérer pour évaluer la qualité d’un territoire. Bien d’autres facteurs tout aussi importants, notamment la densité de chasseurs (pression de chasse) et les dates de chasse disponibles pour chasser, peuvent venir y jeter de l’ombre.
2- Le taux de succès
Une autre donnée à la portée des chasseurs désirant évaluer le potentiel de leur territoire est le taux de succès de chasse. Pour vous forger une idée la plus juste possible, deux tableaux sont disponibles à ce sujet. Ainsi, dans le tableau 1, vous retrouvez le taux de succès de chasse (2009) pour chaque zone du Québec tandis que dans le tableau 2, on obtient le taux de succès de chasse dans les différentes réserves fauniques du Québec pour la même période.
Puisque le taux de succès en réserve faunique est calculé en fonction d’un groupe de chasseurs, j’ai adapté les taux de succès hors réserve de la même façon. Ainsi, le taux de succès hors réserve a été calculé pour deux chasseurs et non de façon individuelle. Encore une fois, si vous chassez dans un territoire comme une pourvoirie ou une zec et que vous connaissez le taux de succès de chasse à l’orignal, utilisez cette donnée.
Allocation de pointage
- Moins de 15 % de succès : 1 point
- Entre 15 et moins de 20 % de succès : 2 points
- Entre 20 et moins de 35 % de succès : 3 points
- Entre 35 et 45 % de succès : 4 points
- Plus de 45 % de succès : 5 points
Pointage obtenu : _____
Commentaire : Le taux de succès donne une bonne idée du potentiel d’un territoire, mais il ne faut surtout pas se limiter à cette donnée pour l’évaluer. Des éléments comme la période à laquelle vous chasserez, ainsi que la quiétude de votre territoire sont tout aussi importants à considérer lorsque vous évaluez le potentiel d’un territoire. Par contre, un territoire affichant un taux de succès inférieur à 20 % (taux de succès de groupe) doit être doublement analysé avant d’y jeter son dévolu.
En fait, pour chacun des points énumérés dans cet article, il faut se questionner et se demander s’il reflète votre réalité. Si par exemple, vous chassez uniquement lors de la saison à l’arc/arbalète dans une zec, tentez de connaître le taux de succès enregistré lors de cette saison spécifique, et non celui pour toute la saison de chasse à cet endroit.
3- Le nombre de jours de chasse possibles
Le nombre de jours pendant lesquels vous pouvez chasser l’orignal est un autre facteur à considérer. Lorsque Dame nature n’est pas de votre côté, un court séjour peut assez facilement se transformer en cauchemar. Il suffit qu’il vente énormément pendant quelques jours pour nuire considérablement au dialogue avec un mâle, par exemple. Ainsi, plus vous pouvez passer de temps en forêt, meilleures sont vos chances généralement.
Pour déterminer le nombre de jours que vous pouvez chasser l’orignal dans votre secteur de chasse, référez-vous d’abord à la réglementation en vigueur dans ce territoire. Puis, considérez le nombre de jours maximal que vous prévoyez passer en forêt. Ainsi, si vous chassez uniquement à la carabine et qu’il est possible de chasser dans votre secteur neuf jours à la carabine et neuf à l’arc ou l’arbalète, indiquez seulement neuf jours et non 18. Par contre, si vous avez la chance de pouvoir chasser d’abord à l’arc ou arbalète et ensuite à la carabine si vous n’avez pas encore récolté votre bête, utilisez le nombre de jours correspondant à ces deux saisons pour votre zone.
Allocation de pointage
- Moins de 5 jours : 1 point
- Entre 5 et 7 jours : 2 points
- Entre 8 et 10 jours : 3 points
- Entre 11 et 15 jours : 4 points
- Plus de 15 jours : 5 points
Pointage obtenu : _____
Commentaire : Pouvoir chasser plusieurs jours peut représenter un avantage indéniable, mais encore faut-il bénéficier d’assez de territoire pour ne pas le contaminer rapidement d’odeurs. Pour chasser plusieurs jours, il faut donc avoir plusieurs sites potentiels à patrouiller. Un territoire restreint ne devrait généralement pas être exploité pendant plus de trois jours consécutifs. Si tel est le cas, 48 heures sans activité peut permettre aux orignaux du secteur de retrouver toute leur quiétude. Mais si vous vous acharnez plus de trois jours au même endroit, les orignaux risquent de quitter votre territoire.
4- Les dates de chasse disponibles
Ce seul élément pourrait faire l’objet d’un article détaillé tellement il y a des choses à dire ou à considérer; j’y reviendrai sûrement un jour. Dans le cadre de cet article, j’ai déterminé cinq périodes de chasse à l’orignal correspondant à une note de 1 à 5, et une brève explication accompagne chacune d’elles.
Pour savoir combien de point(s) allouer à votre territoire, il est important de considérer la situation la plus avantageuse pour vous. De cette façon, si votre période de chasse regroupe plus d’un choix de réponse, choisissez le meilleur. Pour ne pas trop compliquer les choses, chaque période couvre uniquement sept jours. Soulignons que des périodes différentes peuvent se voir allouer le même pointage.

Pouvoir chasser durant les meilleures dates représente évidemment un critère important à considérer dans le choix du territoire.
Allocation de pointage
4 au 10 septembre : 1 point
Explication : Le seul avantage de cette période réside dans le fait que les orignaux n’ont pas encore été dérangés par d’autres chasseurs. Ils sont alors récoltables si vous connaissez leur routine journalière. Avant le 10 septembre, le taux de testostérone des mâles ne fait que commencer à augmenter, mais il est loin de son apogée. Ils ne sont donc pas réceptifs à l’appel. Quant aux femelles, elles n’ont pas encore débuté à se manifester vocalement. Si vous réservez un séjour en réserve faunique et que vous avez le choix, ne priorisez surtout pas cette période de chasse.
11 au 17 septembre : 2 points
Explication : Vers la fin de cette période, les femelles commencent à peine à se manifester, et tout est encore bien calme en forêt. La frénésie est sur le point de débuter, mais il est encore trop tôt. Par contre, la connaissance de la fréquentation des sites nourriciers peut aider le chasseur à faire mouche.
2 au 8 octobre, ou période débutant après le 15 octobre : 3 points
Explication : Entre le 2 et le 8 octobre, les mâles sont encore réceptifs à l’appel, mais le meilleur est déjà passé. Si votre secteur de chasse n’a pas été trop dérangé, il est tout de même possible d’avoir passablement d’action, mais plus les jours passeront moins les mâles collaboreront.
Pour ce qui est des périodes de chasse suivant le 15 octobre, leur avantage indéniable repose sur deux points. L’absence de feuilles dans les arbres facilite le repérage des orignaux, et le nombre moindre de sites nourriciers entraîne le regroupement de bêtes au même endroit. Étant donné que le rut est terminé pour la majorité d’entre elles, elles se tolèrent à nouveau.
25 septembre au 1e octobre, ou 9 au 15 octobre : 4 points
Explication : Du 25 septembre au 1er octobre, l’action est assurément au rendez-vous. Le taux de testostérone des mâles est à son apogée et s’ils ne sont pas déjà accompagnés d’une partenaire, ils seront très sensibles aux plaintes d’une femelle. Le seul problème, à cette période, est que plusieurs très grands mâles sont justement déjà accompagnés d’une ou plusieurs femelles. À moins de jouer la carte de la provocation, il est difficile de les faire venir à portée de tir. Par contre, un mâle moins imposant sera assez facile à berner. Entre le 9 et le 15 octobre, on assiste au deuxième œstrus chez les femelles qui n’ont pas été fécondées lors du premier. Il y a donc un regain d’activité pendant ces quelques jours.
18 au 24 septembre : 5 points
Explication : Si je devais choisir une période de chasse sans tenir compte des autres points énumérés dans ce texte, j’opterais assurément pour chasser entre le 18 et le 24 septembre. Pourquoi? Simplement parce que le taux de testostérone des mâles est quasi à son apogée et que c’est durant cette période qu’il est possible de retrouver le plus de souilles fraîches de mâle. De plus, j’ai remarqué qu’il est alors plus facile de convaincre un mâle de quitter la femelle qui l’accompagne qu’entre le 25 septembre et le 1er octobre. Les femelles ne font que commencer à être en chaleur, et face à un mâle, un bon «câlleur» pourra devenir plus persuasif qu’une véritable femelle.
Pointage obtenu : _____
Commentaire : Chasser aux meilleures dates possibles devrait être une priorité pour tout chasseur d’orignal, mais il faut tout de même analyser les autres critères, car la qualité d’un bon territoire ne repose pas uniquement sur ce point.
5- La densité de chasseurs
Grâce au nombre de permis vendus par zone de chasse, il est possible d’avoir une idée approximative du nombre de chasseurs que vous risquez de rencontrer en forêt. Vous retrouvez cette statistique intéressante dans le tableau 1. Malheureusement, les territoires présentant les meilleures densités d’orignaux et situés sur les terres publiques ou dans les zecs sont envahis de chasseurs, et cela peut devenir un irritant majeur. Toutefois, cela peut être atténué quelque peu si une bonne entente existe entre voisins de territoires de chasse.
Par contre, si vous disposez d’un territoire exclusif dans une pourvoirie ou une réserve faunique, accordez-vous automatiquement 5 points, quel que soit le nombre de chasseurs aux 10 km2 dans le secteur que vous fréquentez. Vous bénéficiez d’une quasi garantie de chasser sans être le moindrement dérangé par quiconque.
Allocation de pointage
Plus de 15 chasseurs aux 10 km2 : 1 point
De 10 Ă 15 chasseurs aux 10 km2 : 2 points
De 5 Ă 9 chasseurs aux 10 km2 : 3 points
De 2 Ă 4 chasseurs aux 10 km2 : 4 points
Moins de 2 chasseurs aux 10 km2 : 5 points
Pointage obtenu : _____
Commentaire : Ce facteur est souvent négligé par les chasseurs, ce qui explique que plusieurs en viennent à cesser de chasser. Au-delà de l’abondance enivrante d’orignaux, la pratique de la chasse dans des conditions empreintes de stress et de frustrations causées par un trop grand nombre de chasseurs doit être sérieusement considérée lors de l’évaluation de votre territoire. Personnellement, j’ai décidé de cesser de chasser en Gaspésie à cause de ce phénomène. En plus des risques de conflits entre chasseurs, le succès de chasse en était venu à trop dépendre de ce point que je ne pouvais contrôler. Ne prenez donc pas ce facteur à la légère.
6- Le nombre de sites potentiels pour chasser
Je ne vous apprendrez rien en disant que pour chasser l’orignal avec succès, le plus de territoire possible est bienvenu, mais encore faut-il y trouver des secteurs propices pour l’animal, comme des secteurs nourriciers, des dortoirs, une montagne de bois franc ou de petits marécages. Si vous n’avez qu’un bûché à patrouiller, par exemple, vos chances de succès diminuent rapidement. La situation idéale est d’avoir au moins trois sites par chasseur, en alternant aux deux jours. Ainsi, même si vous chassez neuf jours, vos sites n’auront pas le temps d’être contaminés d’odeurs au point de faire fuir les orignaux.
Allocation de pointage
- Un seul site : 1 point
- Deux sites : 2 points
- Trois sites : 3 points
- Quatre sites : 4 points
- Cinq sites : 5 points
Pointage obtenu : _____
Commentaire : Plus on a de cartes en main, plus les probabilités de déjouer un orignal sont élevées. En ayant la possibilité de chasser à un endroit différent pratiquement aux deux jours, un chasseur augmente énormément ses chances de succès. Dans ce cas, ce n’est pas tant la grandeur du territoire qui importe, mais la qualité de l’habitat qu’il procure.
Votre pointage total : ______________

Le nombre de jours de chasse et de sites disponibles dans le secteur sont également des variables importantes à évaluer avant de prendre la décision de choisir ou non un territoire.
Les statistiques présentées correspondent à la réalité des zones de chasse et non à celle d’un secteur précis. Dans l’analyse de votre territoire, il faut donc tenter d’ajuster vos réponses selon votre propre réalité. Les données des tableaux ne doivent vous servir que de base comparative pour dresser un portrait de votre secteur de chasse. Plus vous l’analyserez précisément, plus vos résultats reflèteront votre réalité.
En scrutant le pointage obtenu pour chaque critère, vous serez à même constater les forces et les faiblesses de votre territoire et d’en évaluer les aspects positifs et négatifs. Personnellement, une note totale d’au moins 18 sur 30 me suffit pour considérer positivement un territoire de chasse. Si j’obtiens un pointage moindre, je me pose de sérieuses questions.
À la lumière de cette analyse, il est important de reconnaître qu’un territoire très giboyeux n’est pas nécessairement le meilleur ni surtout le seul choix intéressant. Une combinaison de facteurs regroupant par exemple un peu moins d’orignaux mais dans un secteur où la densité de chasseurs est plus faible, jumelée à un choix de dates plus intéressant, peut constituer un choix fort judicieux. Voici mes commentaires sur les différents pointages possibles.
Moins de 12 points : Votre territoire comporte trop de carences majeures, et la récolte d’un orignal doit généralement être le fruit du hasard. Je vous suggère fortement de tenter d’améliorer votre sort.
Entre 13 et 17 points : Voilà le genre de territoire qui vous permettra de récolter un orignal aux trois ans. Si vous n’avez pas d’autres possibilités, cela peut toujours faire l’affaire, mais on est loin du Klondike.
Entre 18 et 22 points : Votre territoire renferme suffisamment de potentiel pour y investir temps et énergie, à moins que les points plus faibles de votre évaluation ne vous dérangent trop pour savourer pleinement votre chasse.
Entre 23 et 26 points : Vous avez la chance d’exploiter un territoire supérieur à la moyenne, mais rien n’est gagné pour autant. Vous devrez travailler d’arrache-pied pour obtenir un succès régulier.
Entre 27 et 30 points : Vous faites partie des privilégiés qui chassent dans un secteur où tout semble vous être favorable. Profitez-en mais soyez humble si vous obtenez du succès régulièrement. Votre territoire y est pour beaucoup!
Les saisons de chasse à l’orignal passent très rapidement et la majorité des adeptes tentent d’en apprendre encore plus chaque année. Alors que la majorité d’entre eux tentent d’améliorer leurs techniques de chasse, leur équipement ou leur saline, bien peu s’interrogent sur la qualité du territoire qu’ils ont choisi, probablement parce qu’ils n’ont jamais envisagé d’autres options. Pourtant, tout se joue souvent à ce niveau. J’espère avoir permis à certains chasseurs d’amorcer une certaine réflexion à ce sujet, et que leurs conclusions s’avéreront positives.