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FAITES-LE VOUS-MÊME : Thermomètre électronique à immersion pour moins de 25 $
FAITES-LE VOUS-MÊME : Thermomètre électronique à immersion pour moins de 25 $
30/04/2013 | Par Jeannot Ruel
Voici tout ce qu'il faut avoir et savoir pour vous «fabriquer» un thermomètre de pêche à lecture rapide et précise pour une infime fraction du coût d'un thermomètre électronique commercial. Grâce à cet appareil, vous pourrez enfin repérer facilement les niveaux de tenue préférentielle des différentes espèces de poissons et dresser, comme les pros, un profil thermique précis de vos plans d'eau préférés à différents moments de la saison.

 

 

Dans mes reportages sur des destinations de pêche, plusieurs lecteurs ont remarqué que je livre toujours un petit compte-rendu du profil thermique des principaux lacs du secteur visité. J'ai toujours cru utile pour un pêcheur de connaître les températures d'eau de surface et des différentes couches d'un lac à un moment spécifique de la saison. Quelques-uns de ces lecteurs m'ont même écrit pour connaître le type de thermomètre que j'utilisais pour dresser un profil thermique aussi précis.

 

Dans les propos de mes correspondants, je pouvais sentir le désir de se procurer un appareil semblable (Fishawk modèle 530/100 ou 520), mais par anticipation je pouvais presque voir leur mâchoire inférieure se décrocher à la mention de son prix assez salé : autour de 300 $! Pour payer un tel prix pour un thermomètre, un pêcheur doit être vraiment «maniaque», ou alors pouvoir s'en servir dans le cadre de son travail...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cependant, on peut retrouver dans des magasins à grande surface (par exemple Canadian Tire) des petits thermomètres à lecture digitale de température intérieure et extérieure de maison, grâce à un petit senseur relié à l'appareil par un fil, et ce à un prix inférieur à 15 $ (photo 1). L'idée consiste donc à transformer un tel petit appareil en «thermomètre de pêche». En prenant pour acquis que vous ayez quelques aptitudes et que vous disposiez de quelques accessoires de bricolage (photo 2), vous pourrez grâce à cet article vous monter un thermomètre de pêche aussi précis que le mien (sans la lecture d'intensité de lumière cependant), et ce pour un coût total de moins de 25 $.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'appareil

 

Au magasin mentionné, je me suis empressé de me procurer un tel petit appareil (modèle Mercury Digitemp). De format très compact, soit environ 5 x 7,5 cm, le Digitemp fonctionne avec une pile AAA et son commutateur principal offre trois positions de réglage : horloge, température intérieure (IN), lue par un senseur à même l'appareil, et température extérieure (OUT) obtenue grâce à un mini-senseur au bout d'un fil de 3 m (10 pi) de longueur. Des boutons arrière permettent de sélectionner le mode de 12 ou 24 heures, de faire l'ajustement des heures et minutes et de choisir l'affichage en degrés Celsius ou Farenheit. Deux autres boutons sur le côté permettent d'afficher les températures minimale et maximale enregistrées dans une période donnée. Un dernier bouton central permet même d'illuminer l'écran pour lecture de nuit.

 

Pour vérifier la précision de l'appareil original, j'ai effectué des lectures de températures d'air et d'eau en utilisant mon gros Fishwawk comme étalon comparatif, et je dois dire que j'ai été impressionné. Les deux lectures correspondaient à quelques dixièmes de degré près.

 

Montage sur bobine

 

La première nécessité consistait à allonger le fil du senseur pour permettre des lectures à des profondeurs raisonnables pour un pêcheur en lac. Le fil original compte deux simples brins et je me suis procuré dans une quincaillerie le fil d'allonge nécessaire, d'une longueur de 15 m (50 pi) et d'un calibre un peu plus gros que celui du fil original pour m'assurer une plus grande résistance. Je me suis aussi procuré un ensemble de gaines caoutchoutées rétractables à la chaleur pour bien sceller les soudures des joints de rallonge. Avant de procéder aux soudures, j'ai fait un test de connexion temporaire du fil de rallonge pour m'assurer que cette longueur supplémentaire ne causerait pas une perte de voltage empêchant les lectures.

 

Il me restait à trouver un moyen de faciliter la tenue du petit thermomètre dans la main tout en permettant de sortir le fil et de le rembobiner après usage. Fouillant dans ce que mon épouse appelle les «cochonneries» de mon atelier (que je considère personnellement plutôt comme mon précieux matériel de bricolage), j'ai repéré une solide bobine de plastique ayant servi d'emballage original d'une ligne plombée de 35 lb de résistance et de 91 m de longueur. Celle-ci m'apparaissait convenir parfaitement pour constituer la bobine principale devant contenir la réserve de fil du thermomètre.

 

J'ai commencé par enrouler manuellement le fil d'allonge sur cette bobine pour déterminer qu'une longueur totale de 13 m (43 pi) convenait parfaitement bien à sa contenance. Selon mon expérience, cette longueur est suffisante pour établir un profil thermique adéquat de la majorité de nos plans d'eau québécois de dimensions moyennes, puisqu'à plus de 40 pi de profondeur la température d'eau de l'hypolimnion demeure pratiquement stable jusqu'au fond, sauf dans les très grands plans d'eau.

 

En plus de la grande bobine devant servir de «magasin» rotatif pour le fil, j'ai utilisé une autre bobine vide plus petite ayant contenu à l'origine 100 m de monofilament de 6 lb de résistance pour servir de «poignée» fixe à l'arrière de la première bobine, les deux pouvant être jointes par le passage d'un boulon de 3/8 po de 2 po de longueur dans leur orifice central respectif. À l'arrière, l'ajout d'une rondelle pour faciliter la rotation et d'un écrou verrouillant de 3/8 po enserré juste à la bonne tension pour permettre aux deux bobines de tourner l'une sur l'autre viendrait compléter l'assemblage principal (photo 3).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La portion centrale antérieure en recreux de la bobine principale me permettait de renfoncer la tête du boulon de moyeu pour ne pas nuire à l'installation du thermomètre sur la façade. Pour constituer cette façade, j'ai utilisé une troisième petite bobine dont j'ai taillé un des rebords à un diamètre qui me permette de l'introduire dans la concavité de la bobine principale (photo 3).

 

Assemblage

 

Pour favoriser l'assèchement du fil une fois enroulé sur la bobine principale, j'ai utilisé une mèche de 1/4 po pour percer les deux rebords de cette dernière d'une série de trous, un peu à la manière d'une bobine de moulinet à mouche (photo 3). Il me fallait aussi une poignée de manivelle sur la bobine principale et j'ai décidé d'utiliser un petit boulon 6-32 x 1 1/2 po comme axe de rotation pour cette dernière.

 

Pour cette installation, j'ai percé un trou de 9/64 po près de la bordure de la paroi externe de la bobine principale, et j'ai aussi percé la paroi interne de cette bobine avec une mèche de 1/4 po pour permettre l'introduction du petit boulon par l'arrière et pour pouvoir fraiser l'intérieur du premier trou. De cette façon, la tête conique du petit boulon pourrait y être encastrée, prévenant ainsi l'accrochage du fil lors de l'embobinage (photo 4).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour la poignée de manivelle proprement dite, j'ai trouvé qu'une petite «marette» qu'utilisent les électriciens pour joindre les fils convenait très bien à cette fonction. J'ai donc percé la marette de part en part avec la mèche de 9/64 po. Le petit boulon 6-32 servant d'axe de rotation de la manivelle a été ensuite inséré par l'arrière de la bobine et enserré sur la paroi avant à l'aide d'un petit écrou. Il ne restait plus qu'à enfiler la marette percée sur ce moyeu, à ajouter une petite rondelle et à enserrer le tout à la bonne tension à l'aide d'un écrou verrouillant (photo 5).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour la fixation de la bobine de façade, j'ai utilisé un joint de scellant au silicone (photo 6), cet adhésif étant suffisamment solide pour une bonne retenue, tout en pouvant être facilement tranché au couteau si jamais j'avais besoin de démonter l'ensemble en dévissant le boulon de moyeu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour permettre l'installation du petit thermomètre sur la surface voulue, celui-ci est fourni avec deux pièces de Velcro mâle et femelle avec arrière autocollant. La pièce mâle a été collée dans l'espace prévu à l'arrière du thermomètre, la pièce femelle sur la façade de ma bobine (photo 7). Ainsi, je pourrais enlever à volonté le thermomètre de la bobine pour accéder aux boutons arrière de l'appareil et en effectuer les réglages voulus. Noter qu'un petit trou de 1/8 po a également été percé à la base de la paroi externe de la bobine principale pour permettre le passage du fil.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Allonge du fil et soudures

 

Aux points de jonction des deux fils (original et de rallonge), j'ai séparé les deux brins sur une longueur d'environ 5 cm et j'ai dénudé les extrémités sur une longueur de 1 cm. Pour éviter que les deux joints soudés ne se retrouvent au même niveau et ne forment un «moton», j'ai coupé un des deux brins plus court que l'autre sur chaque fil à joindre. Ainsi, je pouvais opposer le brin le plus court d'un fil au brin le plus long de l'autre et ainsi déporter légèrement les points de jonction.

 

Avant de procéder aux jonctions, j'ai glissé sur le fil une section de gaine rétractable de diamètre légèrement supérieur à celui-ci et de longueur suffisante pour recouvrir toute la section de brins séparés. Sur chacun des deux brins, j'ai aussi glissé une section de gaine de petit diamètre et de longueur adéquate pour recouvrir les points de soudure (photo 8).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après avoir entortillé l'une sur l'autre les sections dénudés des brins opposés et effectué les soudures, j'ai glissé les petites sections de gaine sur ces soudures et je les ai chauffées pour les faire rétracter adéquatement. Il ne restait plus qu'à glisser la grande section de gaine rétractable pour recouvrir le tout et à traiter celle-ci de la même manière. J'ai surtout veillé à obtenir un scellement parfait aux deux extrémités de la grande gaine pour prévenir toute infiltration d'eau.

 

À l'autre extrémité, j'ai coupé le fil original à environ 10 cm du senseur et j'ai effectué les mêmes opérations que ci-haut pour la jonction et la soudure des fils, sauf que j'ai utilisé une section de gaine rétractable encore plus longue s'étendant jusque sur l'emprise du senseur, afin de recouvrir toute la section de jonction et assurer une résistance supplémentaire à l'ensemble. Pour finir, j'ai aussi ajouté un peu de scellant au silicone au niveau de cette emprise du senseur pour m'assurer d'une étanchéité totale.

 

Montage terminal

 

Comme s'il avait été conçu pour cet usage, le petit senseur comportait à son extrémité inférieure un trou de 3 mm de diamètre convenant parfaitement à l'insertion d'un anneau fendu. J'ai ainsi pu y relier facilement un gros émerillon à agrafe sur lequel je pourrais relier un gros plomb cloche, ou encore un plomb gratteur de fond, pour servir de lest et entraîner le senseur vers le fond (photos 9 et 10). À ce chapitre, chaque pêcheur pourra faire ses propres expériences, mais le plomb devrait être suffisamment lourd pour tendre le fil le plus droit possible à la verticale lors de la prise de lecture. Un poids d'au moins 2 oz m'apparaît souhaitable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme notre petit appareil ne peut fournir d'indication sur la longueur de fil débobinée, il faut utiliser un système artisanal d'indication de profondeurs pour pouvoir relier cette information à celle de la température. Dans une quincaillerie, je me suis procuré une petite bouteille de peinture blanche à l'émail conçue pour retouches sur les appareils ménagers (à la rigueur, une petite bouteille de blanc de correcteur Liquid Paper aurait aussi pu faire l'affaire). J'ai ainsi pu marquer le fil à différents segments de longueurs (photo 11).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ici, l'utilisation du système de mesures anglaises facilite le marquage : une bonne grosse marque blanche à 10 pi, deux marques blanches à 20 pi, et ainsi de suite jusqu'à 40 pi. À mi-chemin entre chaque grosse marque de segment de 10 pi, j'ai fait d'autres marques plus petites pour souligner les profondeurs mitoyennes de 5, 15, 25, et 35 pi. Ainsi, il est toujours très facile pour le pêcheur de savoir à quelle profondeur se trouve le senseur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Utilisation de l'appareil

 

À l'usage, la bobine arrière sert de poignée pour tenir l'instrument de la main gauche (voir photo d'ouverture), alors que la main droite tire sur le fil pour le dérouler de la bobine principale au fur et à mesure de la descente (personnellement, je commence systématiquement par une lecture de température de surface). Il est à noter que le cadran du thermomètre tourne en même temps que la bobine principale et que vous devrez arrêter sa rotation dans une position qui permet la lecture à l'endroit; ce ne sont quand même pas 8 à 10 cm de plus ou de moins qui fausseront vos lectures de profondeur.

 

À chaque segment de descente, il faut allouer un peu de temps au petit thermomètre pour bien stabiliser sa lecture de température; par contre, il est facile de suivre la rétrogradation progressive des chiffres de l'affichage et de constater leur  stabilisation grâce aux fractions décimales.

 

Grâce à cet appareil, vous pourrez facilement effectuer les relevés systématiques de température d'eau par tranches de 5 pi de profondeur et noter le tout dans un calepin, sans oublier le nom du lac et la date des relevés. Essayez d'effectuer vos relevés le plus possible par temps calme, car le vent a la mauvaise habitude de faire dériver l'embarcation et de provoquer un angle de traction sur le fil, ce qui peut fausser les données de profondeurs.

 

À la fin des lectures, vous n'aurez qu'à rembobiner le fil grâce à la manivelle, à détacher le plomb de lest et à le ranger dans votre coffre. Pour éviter le déroulement intempestif du fil de la bobine, il suffit de l'enrober d'un gros élastique. Pour le rangement, j'insère personnellement le thermomètre dans un sac de tissu avant de le ranger dans mon coffre ou sac de pêche.

 

À la longue, vos compilations de relevés de température vous apporteront des connaissances inestimables sur le profil thermique de vos lacs préférés, la profondeur de la thermocline à différents moments de la saison, etc., ce qui constitue un atout d'une importante capitale pour vos succès de pêche.

Et tout cela, grâce à un petit gadget qui vous aura coûté moins de 25 $!

 

 

Commentaires
luc peloquin | 26/10/2011
Est-ce que l'on peut se fier à la thempérature de l'eau si je pêche dans le fleuve St-Laurent. Mon inquiétude viens du fait qu'il y a le courant et le brassage de l'eau par le vent et les navires.Car je ne pêche pas nécessairement à grande profondeur ou l'eau subit moin de brassage. Est-ce une erreur de penser comme cela?
Merci
Luc
Au plaisir de vous lire bientôt
Pierre Séguin | 01/05/2013
Très instructif et très bien décrit étape par étape. C'est sur que je vais m'en fabriquer un