Par Aurélie Renard[1] et Claude Daigle[2]
Bien gĂ©rer les populations et Ă©tablir le niveau de la rĂ©colte par la chasse sportive, câest un autre dĂ©fi des gestionnaires de la grande faune au MRNF. Pour y arriver, on utilise les inventaires aĂ©riens pour estimer la taille des populations de grands mammifĂšres comme lâorignal, le cerf de Virginie et le caribou.
Deux mĂ©thodes permettent dâĂ©valuer lâabondance des populations. La premiĂšre, dite mĂ©thode directe, utilise l'observation des animaux et comprend l'inventaire terrestre et aĂ©rien, oĂč lâon procĂšde en effectuant la capture, le marquage et la recapture ainsi que de l'imagerie infrarouge. La seconde, appelĂ©e mĂ©thode indirecte, quant Ă elle, utilise des indices qui reflĂštent l'abondance des animaux tels que le dĂ©compte de crottins, les accidents routiers, les observations des chasseurs, les donnĂ©es de rĂ©colte et mĂȘme des simulations d'abondance Ă l'aide de logiciels informatiques.
Une enquĂȘte rĂ©cente menĂ©e auprĂšs des responsables de la faune des territoires du nord-est de lâAmĂ©rique du Nord rĂ©vĂšle que trois mĂ©thodes sont normalement utilisĂ©es pour estimer lâabondance des populations de cervidĂ©s.
La premiĂšre mĂ©thode consiste Ă cumuler les observations des chasseurs. Bien que cette mĂ©thode ne permette pas d'Ă©valuer le nombre d'animaux prĂ©sents dans les territoires, elle donne un aperçu fiable des tendances des populations. La seconde mĂ©thode se fait Ă l'aide de logiciels informatiques et permet des simulations de populations. LâapprĂ©ciation quâon peut en faire est variable tant de la part des spĂ©cialistes que du public.
Enfin, la derniĂšre mĂ©thode est l'inventaire aĂ©rien. Bien qu'elle dĂ©pende des conditions mĂ©tĂ©orologiques, cette mĂ©thode permet d'avoir un bon aperçu des densitĂ©s prĂ©sentes au moment de lâinventaire. Les donnĂ©es obtenues permettent aussi de rĂ©colter lâinformation sur le rapport des sexes et le recrutement pour lâorignal. Cette mĂ©thode, bien adaptĂ©e aux grands territoires souvent peu accessibles, caractĂ©ristiques du QuĂ©bec, est aussi la plus crĂ©dible tant auprĂšs des spĂ©cialistes de la faune que des citoyens. Lâinformation ainsi recueillie, jumelĂ©e Ă dâautres paramĂštres, permet dâĂ©valuer la situation des populations et leurs tendances. Ces rĂ©sultats dâinventaires permettent entre autres de connaĂźtre le degrĂ© de conformitĂ© entre les objectifs relatifs aux populations Ă©tablis pour la zone et la densitĂ© sur le terrain.

Déroulement des inventaires aériens
Les premiers inventaires des populations de cerfs et d'orignaux ont vu le jour il y a prÚs de 70 ans au Québec et étaient effectués à l'aide du décompte de crottins. Cette méthode utilisait notamment deux variables arbitraires, soit le taux de défécation quotidien et la période d'occupation du ravage.
Les inventaires aĂ©riens ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s pour la premiĂšre fois au QuĂ©bec au milieu des annĂ©es 1960 et des programmes dâinventaires aĂ©riens structurĂ©s ont Ă©tĂ© mis en place par le gouvernement du QuĂ©bec au cours des annĂ©es 1970.
Les inventaires aĂ©riens sont rĂ©alisĂ©s Ă lâĂ©chelle des zones de chasse. L'ampleur du territoire analysĂ© ne permet pas une couverture totale de ce dernier. Afin de dĂ©nombrer les populations de cervidĂ©s, les gestionnaires ont donc recours Ă des comptages partiels Ă partir d'Ă©chantillons de la population.
La répartition des cervidés sur le territoire est trÚs variable. Par conséquent, il est nécessaire d'inventorier un grand nombre de parcelles afin d'obtenir une bonne estimation de
La dĂ©marche associĂ©e aux inventaires dâorignaux

Pour cette espÚce, les inventaires se font l'hiver, quand la neige restreint les déplacements de ces animaux et que l'absence de feuilles améliore
Figure 1

Bien entendu, les inventaires comprennent une certaine dose dâimprĂ©cision. En effet, le dĂ©nombrement direct des populations animales dĂ©pend du taux de visibilitĂ© qui est lui-mĂȘme influencĂ© par le couvert forestier, les conditions mĂ©tĂ©orologiques, l'expĂ©rience des observateurs, etc. Bien encadrĂ©s au chapitre des conditions de vol, les inventaires aĂ©riens produisent des Ă©valuations de qualitĂ© comparables les unes aux autres qui permettent de prĂ©ciser les densitĂ©s de populations et leurs tendances.
Figure 2

Approche complémentaire
Les rĂ©sultats dâinventaire sont grandement utiles pour la gestion Ă long terme des populations de cervidĂ©s. Ils sont utilisĂ©s dans les systĂšmes de suivi en complĂ©mentaritĂ© Ă dâautres variables telles que la rĂ©colte, les donnĂ©es d'accidents routiers, l'Ăąge moyen des mĂąles et des femelles ou la rigueur de lâhiver. La figure 3 illustre un exemple de ce type dâanalyse.
Les deux courbes prĂ©sentent lâĂ©volution du nombre de cerfs mĂąles abattus Ă la chasse et ceux victimes dâaccidents routiers ainsi que les densitĂ©s de cerfs Ă©valuĂ©es lors de trois inventaires aĂ©riens. Le point reprĂ©sente la densitĂ© estimĂ©e, et les barres verticales, la prĂ©cision statistique de chacune des Ă©valuations. La figure dĂ©montre que la population de cerfs de ce territoire a atteint un sommet Ă la fin des annĂ©es 1990 pour diminuer par la suite.

[1] Vulgarisatrice scientifique pour le compte du ministÚre des Ressources naturelles et de la Faune du Québec (MRNF)
[2] Coordonnateur des inventaires aériens au MRNF