Une chasse à l’ours remplie d’émotions et une pêche surprenante.
C’est ma dernière soirée de chasse, il ne reste que 15 minutes et mon ours n’est toujours pas récolté. Pourtant, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué. En plus des bêtes que j’ai refusées, je revois sans cesse la scène de celle que j’ai manquée et je me demande comment pareille situation a pu m’arriver en plein reportage. Les minutes s’égrènent tranquillement, et tel un condamné à mort j’attends que cesse ce supplice. Tout à coup, sans crier gare, un ours apparaît devant moi tel un mirage et se dirige aux appâts. Instantanément, mon cœur bat à tout rompre. Je sais que je n’ai aucune marge de manœuvre et que le temps joue contre moi.
Tout en suivant l’ours du coin de l’œil, je démarre ma caméra vidéo pour immortaliser
Une minute s’écoule, puis deux et même trois. Je regarde ma montre, la chasse se termine dans 8 minutes et rien ne me dit que mon compagnon du moment changera de position uniquement pour me faire plaisir. Qui a dit que la chasse à l’ours n’était qu’une formalité? Ah oui, je pense que c’était moi! Je me sens bouillir à l’intérieur. Je ne peux pas être si près de mon objectif et en même temps si loin. Devrais-je épauler mon arme en sa direction et commencer à lui parler pour qu’il bouge et s’offre en cible? Ça me trotte dans la tête, mais s’il s’enfuit et que je n’ai pas cette chance, je m’en voudrais encore plus.
Tandis que je jongle avec certaines stratégies, l’ours décide de revenir du bon côté du baril et par le fait même s’offrir en cible. Parfaitement épaulé et appuyé, je fais feu, mais la bête s’enfuit à vive allure dans ma direction. Le pire scénario m’effleure l’esprit quand la forêt redevient silencieuse. Je ne peux pas avoir manqué cet ours. Il était à peine à 20 m de moi! Pas un deuxième?…


Chaque site de chasse est pourvu d’un baril de 45 gallons solidement fixé à un arbre à l’aide d’une chaîne. Chaque chasseur se voit proposer deux sites appâtés qui sont visités fréquemment par les ursidés.
Périple à la réserve de Matane
Le 9 juin en matinée, j’arrive à Amqui chez mon frère Gervais, le quatrième membre de ce périple de chasse et de pêche à la réserve faunique de Matane. Ce voyage sera une affaire de famille, car deux autres de mes frères, soit Jocelyn et Simon, m’accompagnent aussi. Mes trois partenaires s’adonneront à la pêche, alors que je chasserai l'ours en compagnie du contremaître de
Après les enregistrements d’usage au poste d’accueil John, nous nous dirigeons vers le chalet Rivière Matane 3 qui nous accueillera pendant notre séjour. Situé aux abords de la réputée rivière Matane, le chalet est impeccable et la vue sur la rivière, exceptionnelle. Après avoir fait le tour du propriétaire et débarqué nos bagages, Serge nous propose son plan de match pour le mieux profiter de notre séjour. Alors que Simon et Jocelyn iront pêcher au lac Vert, Gervais, Serge et moi visiterons les sites appâtés en prévision de la chasse à l’ours du soir.

Notre visite au lac L’Étang de la montagne a été une véritable partie de plaisir. Au total, 46 truites aux couleurs exceptionnelles pour un poids total de 12,9 kg ont été capturées en un temps record, et ce, malgré un soleil de plomb.
Un séjour bien structuré
Lorsqu’un groupe de chasseurs décide de venir se mesurer à l’ours noir dans la réserve faunique de Matane, il est assuré d’être très bien encadré. Dès leur arrivée à leur chalet, les participants reçoivent la visite d’un préposé de la réserve qui leur fera faire le tour des sites appâtés pour qu’ils puissent ensuite s’y rendre sans risquer de s’égarer. Chaque chasseur reçoit aussi une carte du territoire où sont clairement identifiés les sites de chasse. Il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter à cet égard. Généralement, les sites sont facilement accessibles et à seulement quelques minutes de marche.
Les sites sont appâtés au moins deux semaines avant l’arrivée des chasseurs, et chacun d’eux bénéficie de deux sites appâtés régulièrement fréquentés par des ours. On ne lésine pas du côté nourriture, les sites offrant beignes, pain et mélasse à volonté. Au début du séjour, on fournit à chaque groupe suffisamment de nourriture et les contenants appropriés pour que les ursidés ne manquent de rien. Sur le site de chasse, la nourriture est disposée dans un baril de 45 gallons solidement fixé à un arbre avec une chaîne. De cette façon, les ours ne peuvent rouler le baril à un endroit plus discret et hors de la vue du chasseur pour le vider de son contenu.
Concernant le ravitaillement des sites appâtés, Serge m’a prodigué un conseil dont j’ai pu vérifier l’efficacité. Il s’agit de faire le plus de bruit possible après avoir rempli le baril d’aliments. À l’aide d’un rondin, par exemple, il suffit de cogner sur le baril à quelques reprises pour avertir les ours du secteur que le repas est servi. Ceux-ci étant habitués à un pareil rituel depuis le début de l’appâtage du site, ils associent ces bruits à la disponibilité de nourriture. À deux occasions lors de mon séjour, j’ai vu un ours arriver au site moins de cinq minutes après avoir effectué ce manège, et je suis donc vendu à cette tactique.


Les chalets de la réserve faunique de Matane sont impeccables, et lors d’un séjour de chasse à l’ours il est possible d’être accompagné de pêcheurs. Ainsi, alors que certains pratiquent la chasse à l’ours, d’autres peuvent taquiner la truite mouchetée ou le touladi. Voilà une formule qui peut intéresser autant une petite famille ou un couple qu’un groupe d’amis et où les histoires devant un bon repas ne manquent pas.
Mentionnons que la réserve faunique met ses deux chambres froides à la disposition des chasseurs d’ours, sans frais supplémentaires. Ainsi, il est possible de conserver sa venaison au frais tout en continuant à profiter de son séjour.
Que débute la chasse!
Pour le premier soir de chasse, je suis en compagnie de mon frère Gervais, alors que Serge tente sa chance seul de son côté. Armé de mon fusil et Gervais de la caméra, nous entamons notre première séance d’affût. En quelques minutes, un ours de taille respectable se pointe. Il se dirige tranquillement vers les appâts et j’hésite à décider de le récolter. Selon mon évaluation son poids doit tourner autour de 73 kg (160 lb), soit au-dessus de la moyenne des ours récoltés au Québec, mais le séjour ne fait que débuter.
Tout à coup, un petit bruit provenant de la cache alerte notre visiteur et il décide de rebrousser chemin, non sans me laisser amplement la chance de le récolter. Sachant que des ours plus imposants fréquentent le secteur, je décide de le laisser filer en espérant que je ne le regretterai pas plus tard. La scène est tout de même filmée, et je vous invite à visionner le complément vidéo de ce reportage présenté sur le portail sentierchassepeche.com. La soirée se termine sans autre visite d’ursidés, et Serge vient nous rejoindre en n’ayant rien vu de son côté. Qu’à cela ne tienne, nous nous reprendrons demain.
Revenus au chalet, nous sommes accueillis par Simon et Jocelyn qui arrivent à peine du lac Vert. Je leur demande si cette première soirée de pêche s’est bien déroulée, et en esquissant un sourire mon jeune frère Simon me répond pas l’affirmative et exhibe sa plus grosse prise de la soirée, une belle truite de plus de 450 g (1 lb). C’est sa plus grosse truite à vie, et je suis très heureux pour lui. La soirée se termine avec un excellent repas et le récit de nos anecdotes de la journée.
Pour la saison 2011, la réserve faunique de Matane a considérablement bonifié son plan de pêche. Les pêcheurs en sortent grandement gagnants car plusieurs possibilités s’offrent à eux. Pour plus de détails, communiquez directement avec les responsables de la réserve faunique, cela en vaut vraiment la peine. Pour visualiser le complément vidéo de pêche relatif à cet article, cliquer sur l'image ci-dessus.
Le scénario idéal mais…
Pour le deuxième jour de chasse, je décide d’inviter mon frère Jocelyn à faire le guet avec moi. Après avoir ravitaillé le site et frappé sur le baril pour alerter les ours, l’attente débute. Cela ne prend que quelques minutes pour qu’un ours se pointe le nez. Il est plus petit que celui de la veille, si bien que la décision de le gracier est très facile à prendre. On dirait qu’il le sait, car il demeure au site très longtemps, disparaissant par moments pour revenir à nouveau. Je suis tout de même heureux du spectacle qu’il nous offre, car c’est la première fois que mon frère qui a un handicap visuel peut voir un ours d’aussi près.
Soudainement, ce jeune ursidé regarde vers
L’ours arrive d’un bon pas aux appâts. Sans contredit, il est plus gros que celui de la veille, et je l’estime à près de 90 kg (200 lb). Ma décision est prise, c’est lui que je vais récolter. Il tourne autour du baril et alors qu’il s’apprête à manger, le coup de feu retentit et à ma grande surprise la bête s’enfuit à vive allure. Mon frère me demande si je l’ai eu. Ne sachant pas trop qu'en penser, je décide de regarder la scène qui a été filmée, mais comble du malheur, lors de la détonation la caméra a bougé et je ne peux en savoir plus. Je vais donc voir de plus près et je me rends rapidement compte que la balle est passée sous l’animal et que je ne l’ai pas touché.
Je suis très déçu. Je me suis pourtant exercé avant mon séjour et tout semblait correct. C’est donc avec une gêne à peine dissimulée que je raconte ce qui vient de m’arriver à Serge. D’un commun accord, nous décidons tout de même de vérifier si nous ne trouverions pas un indice que la bête a été touchée, mais en vain. C’est donc très penaud que je retourne au chalet avec la ferme intention de vérifier mon arme le lendemain matin.
Un nouveau jour se lève
Nous en sommes déjà au troisième jour d’un séjour en comprenant cinq. Bien que la vérification de la précision de mon fusil me préoccupe beaucoup, cette étape devra attendre en début d’après-midi. En effet, nous débuterons notre journée par une partie de pêche à l’Étang de la montagne, un plan d'eau dont le nouveau directeur de la réserve, Dan Gagnon, a décidé d'ouvrir l'accès à la clientèle en hébergement.
Alors que nous nous préparons, un spectacle digne de la réserve faunique de Matane s’offre à nous. Un orignal femelle et son rejeton traversent la rivière juste en avant du chalet, et être témoins d’un si beau moment nous émerveille. Après cet instant magique, nous nous dirigeons vers l’Étang de la montagne dont Serge ne cesse de nous parler avec une certaine fébrilité.
Ce lac est situé à très haute altitude et on n’y accède qu’au moyen d’un camion ou d’un VUS muni de pneus conçus pour la conduite en terrain difficile, sinon on s’expose à une crevaison sinon plusieurs. En se dirigeant vers ce lac prometteur, le paysage est à couper le souffle. En tant que chasseur d’orignal, je vous dirais que je suis au paradis, mais revenons à ce fameux lac.
Malgré un soleil de plomb et notre présence en milieu d’avant-midi, le plan d'eau a répondu à nos attentes. En fait, si nous n’avions pas fait de remise à l’eau, nous aurions pu atteindre notre quota en à peine 30 minutes. Ça mord pratiquement à tous les lancers et la qualité des prises est plus qu’intéressante. Résultat : 46 truites aux couleurs exceptionnelles pour un poids total de 12,9 kg (28,5 lb). De la truite mouchetée indigène comme il est maintenant rare d’en prendre aussi régulièrement et facilement au Québec.
D’ailleurs, la qualité de ce lac a tellement impressionné mes frères qu’ils ont réservé un séjour de pêche dans la réserve faunique de Matane un peu plus tard ce même été, simplement pour pouvoir retourner à l’Étang de
Revenons aux ours
De retour au chalet, je m’empresse d’aller vérifier la précision de mon arme. Le constat est sans équivoque. Le télescope est désajusté et, après quelques coups de feu, je peux maintenant continuer ma chasse avec la certitude que le prochain ours que je verrai finira chez mon boucher. Cette mésaventure me sert par contre de leçon. Dorénavant, je vérifierai toujours la précision de mon arme à mon arrivée au site de chasse, même si cela a été fait juste avant mon départ.
Je suis fin prêt à recevoir la visite de mon ours, mais c’est plutôt Serge qui a de l’action en cette quatrième soirée de chasse. Cela se passe d’une façon assez particulière.
Ce soir-là , Serge décide de chasser sur le site où j’ai refusé le premier ours du séjour. Confortablement installé dans le mirador, il s’apprête à passer quelques heures à l’affût, mais peu de temps après il entend un bruit derrière lui. Estimant avec raison qu’un ours se dirige vers le baril de nourriture, il se prépare à faire face à l’action imminente, quand tout à coup il sent le mirador bouger dans tous les sens. Comprenant aussitôt ce qui est en train de se passer, le chasseur entend l’ours renifler en grimpant pour le rejoindre sur le mirador.
Quelques secondes plus tard, la tête de l’ours apparaît entre ses deux pieds, et Serge a le réflexe de se lever d’un trait, ne pouvant effectuer un tir dans une telle posture sans risquer de se blesser. Cette scène en aurait certainement fait paniquer plusieurs, mais il a su garder son calme malgré la poussée d’adrénaline suscitée par cet événement pour le moins inusité. Dès qu’il s’est levé, l’ours a rebroussé chemin, mais il s’est ensuite arrêté en laissant une chance au chasseur qui l’a saisie de belle façon. Résultat : une femelle de 57,15 kg (126 lb). La glace est enfin brisée!

Le premier ours du voyage récolté par Serge Lévesque, contremaître de la réserve faunique de Matane.
En retournant au chalet, Serge peut aussi assister au genre de spectacle que seule la réserve faunique de Matane peut offrir. En à peine une heure, il observe une quinzaine d’orignaux! Pour ma part, cette soirée a été bien tranquille et il ne me reste qu’une seule chance pour récolter un ours.
Du touladi en prime
Un reportage vise toujours certains objectifs, et dans le cas présent la récolte de deux ours en fait partie, tout comme la démonstration du potentiel de pêche de cette destination. Avec la capture de 125 truites mouchetées lors de notre séjour sur les lacs Vert, Lavoie, Vidrien et l’Étang de la montagne, nous pouvons dire mission accomplie, tout en nous étant délectés de leur chair délicieuse.

À part mon ours, il nous manque la capture de quelques touladis sur le lac Matane. Pour réaliser ce défi, je demande à mon frère Jocelyn ainsi qu’à Serge de patrouiller ce majestueux lac, alors que de mon côté j’essaierai d’apposer mon permis sur un ours. Je dois avouer que j’ai été agréablement surpris lorsque mes deux amis sont revenus du lac Matane avec trois touladis, dont celui de Jocelyn qui pesait 1,8 kg (4 lb).
Et puis cet ours?
Je suis dans tous mes états. Il ne me reste que quelques minutes de chasse et je crois revivre le cauchemar de mon premier ours manqué au début du séjour. Soudainement, l’ours sur lequel je viens de tirer commence à hurler, signe évident qu’il est touché mortellement. Assister à une telle plainte pendant plus d’une minute a de quoi glacer le sang, mais je suis tellement content que celui-ci doit plutôt avoir tendance à bouillir. J'ai enfin mon ours, in extremis, mais tout de même!
Ce n’est pas un monstre, j’aurais pu en récolter un bien plus gros, mais l’objectif est atteint! Seul ombre au tableau, je pensais avoir immortalisé sa récolte sur vidéo, mais dans l’énervement du moment j’ai mal appuyé sur le bouton «Rec» de ma caméra et elle n’a rien enregistré. Je conserve donc ces beaux moments au fond de moi, mais j’ai bien aimé les partager ici avec vous.
Alors qu’il ne restait que quelques minutes au voyage, l’auteur a finalement récolté cette femelle après avoir laissé passer plus gros et manqué un ours de très belle taille. Une fin heureuse après un séjour rempli d’action, durant lequel l’autre chasseur du groupe a aussi fait mouche. Pour visualiser le complément vidéo de pêche relatif à cet article, cliquer sur l'image ci-dessus.
Conclusion
La réserve faunique de Matane n’est pas seulement synonyme de chasse à l’orignal. Elle offre aussi une chasse à l’ours très intéressante et une qualité de pêche surprenante. En 2011, la saison de chasse à l’ours se déroulera entre le 3 et le 18 juin.
Fiche technique
Réserve faunique de Matane
257, rue Saint-Jérôme
Matane (Québec)
G4W 3A7
Téléphone : 418 562-3700
Courriel : matane@sepaq.com
Site Web : www.sepaq.com
ZONE 1
Forfait printanier de chasse à l’ours
Hébergement en chalet (5 nuits, 6 jours)
Équipement pour la préparation et le service des repas
Sites appâtés
Miradors
Service de conseillers experts
Enregistrement des bĂŞtes
Entreposage de la peau et de la viande (congélation)
Territoire de pĂŞche
Non inclus (mais disponible)
Permis de chasse
Écorchage
Préparation de la viande
Permis de pĂŞche
Droit de pĂŞche
Embarcation, moteur et essence
Taxidermiste
Tarifs
Résident : 945 $/pers./séjour
Non-résident : 1260 $/pers./séjour
Accompagnateur : 248,75 $/pers./séjour (selon la capacité du chalet)
Hébergement en chalet
Droit d'accès à la pêche
Embarcation
Ă€ partir de 71 $/jour/personne
Hébergement en chalet pour 2 adultes et 2 enfants (moins de 18 ans)
4 jours et 4 nuits, du lundi au vendredi
Droit d'accès à la pêche sur plusieurs plans d'eau
Une embarcation
Ă€ partir de 588 $

À la réserve faunique de Matane, le forfait de pêche familial est fort populaire. Il dure 4 jours et 4 nuits, du lundi au vendredi, et il est disponible à partir du 4 juillet prochain.