Un séjour de chasse inoubliable dans la toundra, à la poursuite du plus nordique des cervidés.
Jumelles en main, j’observe attentivement le petit groupe de caribous qui vient d’émerger à droite du lac qui me fait face. Parmi la dizaine de bêtes composant la harde, le dernier de la file se distingue nettement par sa taille, mais surtout par la couleur de sa robe particulièrement blanche. Ces caribous se déplacent lentement mais sûrement en direction du sud-ouest, et je dois me décider immédiatement. Je prends donc mes jambes à mon cou et tente de les intercepter.
Pour y parvenir, je dois contourner un autre petit lac à ma gauche, ce qui devrait me mener à une distance raisonnable de tir pourvu que les caribous gardent le même rythme de progression. Comme le terrain est complètement désertique, je tente tant bien que mal de masquer ma silhouette parmi les quelques bosquets épars bordant le petit plan d’eau.
Comme c’est souvent le cas, les bêtes progressent plus vite que prévu et je dois accélérer le pas si je veux obtenir une chance raisonnable de tir. Tel un missile à tête chercheuse en direction de sa cible, je réussis à m’approcher suffisamment pour un tir. Puis, alors qu’il me reste à peine quelques pas à franchir pour atteindre le petit bosquet d’épinettes rabougries que je vise comme affût et appui pour le tir, les caribous m’aperçoivent, relèvent la tête et accélèrent aussitôt. Complètement épuisé et à bout de souffle, je regarde avec impuissance la bande de cervidés qui trottent au sommet de la crête à travers ma lunette de visée en espérant un miracle…
Comme si mon souhait avait été entendu, le dernier caribou du groupe s’arrête net pour jeter un dernier coup d’œil avant de franchir

Une scène croquée sur le vif lors du premier matin de chasse de l’auteur, alors qu’une petite bande de caribous traversait le lac.
Comme c’est mon habitude, et même si personne ne m’accompagne pour partager ce moment avec moi, le «Yes sir!» traditionnel retentit à travers
Une expérience incomparable
Pour moi, la chasse au caribou d’automne représente vraiment une expérience incomparable. Parce que le caribou est le seul gros gibier qu’on peut chasser dans la contrée la plus formidable du Québec, soit
Personnellement, outre la chasse de ce magnifique cervidé migrateur, qui demeure l’objectif ultime de ce genre de voyage, simplement progresser d’une crête rocheuse à l’autre à l’affût de tout mouvement suspect me remplit toujours d’une satisfaction et d’un bien-être quasi indescriptibles. Lorsque je progresse de monts en vallées dans ces contrées désertiques et à la fois remplies de surprises, je me sens simplement bien. Bien, parce que c’est l’endroit où je peux le mieux et le plus facilement déconnecter du fameux train-train quotidien et du non moins fameux stress attenant…
Le hic est que bien peu de Québécois ont déjà eu la chance de vivre l’expérience de la chasse au caribou d’automne en raison du prix très élevé de ce type de voyage. Celui-ci est bien sûr attribuable en bonne partie au coût du transport aérien nécessaire pour se rendre dans le Grand Nord où vivent les caribous en fin d’été et en début d’automne.

En plan américain, la plupart des guides utilisent des VTT pour se déplacer sur les sites de chasse. Cela facilite la tâche des chasseurs plus âgés ou encore à mobilité réduite. Le VTT est aussi bien pratique pour ramener le gibier vers l’embarcation. Remarquez aussi le monopied utilisé par le guide pour scruter les alentours avec ses jumelles. Cet équipement augmente la stabilité par temps venteux et réduit les maux de dos inhérents à cet exercice.
Évidemment, si je ne pratiquais pas le métier de rédacteur en chef dans cette revue, je n’aurais sans doute jamais goûté à cette chasse unique. Comme tout chasseur québécois moyen, «c’est trop cher pour moi» est la première chose qui me vient en tête en entendant les mots caribou et automne. Et pour cause, car règle générale il faut s’attendre à débourser plus de 4000 $ pour vivre le Grand Nord en plan européen et entre 5000 $ et 7000 $ en plan américain. De quoi en décourager plus d’un!
Pourtant, certains pourvoyeurs de chasse au caribou d’automne font de véritables efforts pour rendre cette aventure plus accessible au commun des mortels. Aventure Tunilik fait partie de ces entreprises qui valent la peine d’être mises en évidence.
Chasser le caribou chez Aventure Tunilik
Comme toutes les pourvoiries du genre, Aventure Tunilik propose un forfait guidé en plan américain tout compris. Le voyage débute à l’aéroport de Saint-Hubert sur un avion nolisé de
C’est une option à envisager sérieusement pour ceux qui en ont les moyens ou encore qui désirent se payer un voyage de rêve une fois dans leur vie. D’ailleurs, dans ce type de forfait haut de gamme, ceux pour qui l’argent n’est pas vraiment un problème peuvent bénéficier d’un hélicoptère sur place, si jamais les caribous sont un peu trop loin à leur goût. Même s’il y aurait encore beaucoup de choses à dire à ce sujet, je m’arrête ici, car nous allons entrer dans ce qui est le vif du sujet pour la majorité des chasseurs (moi y compris).

Le plus beau caribou de l'auteur récolté lors de ce voyage
Une option plus économique
Ceux qui rêvent vraiment de vivre la chasse automnale du caribou doivent absolument porter attention aux lignes qui suivent. Depuis l’an dernier,
Pour ce prix, vous bénéficiez de cinq jours complets de chasse et/ou de pêche, d’une limite de deux caribous, d’un camp confortable, d’un abri moustiquaire pour la viande, d’un gardien de camp et de toute une panoplie d’autres services que les responsables se feront un plaisir de vous énumérer. Élément non négligeable à considérer même s’il s’agit d’un plan européen, la nourriture est comprise dans le forfait. Il ne reste qu’à désigner un chef de cuisine au sein du groupe, ou encore de jouer ce rôle à tour de rôle. Ainsi, tous les éléments sont réunis afin de passer un séjour des plus agréables pour moins de la moitié du prix demandé en plan américain.
Quel est le tour de magie qui permet aux responsables de procurer ce genre de service à ce prix? C’est simplement grâce au train. Pour bénéficier de ce type de forfait, les gens doivent se rendre à Sept-Îles en voiture puis prendre le train en direction de Schefferville. Bien sûr, il faut disposer de beaucoup de temps pour effectuer ce genre de voyage. De Montréal, il faut compter au moins 10 heures de route pour la première étape. Et comme le train part le matin vers 8 h, il faut coucher à Sept-Îles
Le lendemain c’est le départ vers le camp, pour le début du voyage comme tel. Si on compte bien, il faut prévoir deux journées de voiture pour l’aller-retour entre votre point de départ et Sept-Îles, deux journées de train entre Sept-Îles et Schefferville, deux journées à Schefferville (lors de la rentrée et de la sortie du camp) et cinq jours complets de chasse et de pêche pour un total de 11 jours. Si on ajoute à cela la possibilité d’être pris au camp à cause de la température (ce qui vous ferait manquer le train et vous obligerait à prendre le suivant trois jours plus tard), on réalise qu’idéalement il faut disposer d’au moins 15 jours pour vivre ce voyage la tête en paix.
Une vraie aubaine
Ceux qui ne craignent pas l’aventure et veulent vraiment épargner beaucoup ont même accès à une option encore moins coûteuse. En effet, il est possible de faire affaire avec
À cela il faut bien sûr ajouter les autres frais de transport (train et route) et d’hébergement, mais on s’en sort avec un prix vraiment intéressant. Côté hébergement, Air Tunilik propose de vous loger à Schefferville dans un de ses chalets du lac Chantale. Moyennant des frais raisonnables, on pourra même vous transporter dans la ville si nécessaire. Les responsables de Air Tunilik se feront un plaisir de vous aider à préparer votre expédition si vous décidez de faire affaire avec eux. Ils fournissent de précieux conseils qui vous éviteront bien des problèmes et vous feront sauver bien du temps.
Et mon deuxième…
Ayant sécurisé ma chasse en récoltant un jeune mâle lors de la première journée du périple, j’étais bien décidé à tenter de récolter un beau mâle comme deuxième bête. En levant le nez sur des caribous, on risque toujours de le regretter plus tard au cours du séjour, mais c’est un choix personnel que chacun doit faire en arrivant sur place. À ce chapitre, les guides ou les gardiens de camp sont vos meilleurs conseillers, car normalement ils savent où en sont les migrations et de quelle façon risque de se dérouler le séjour.
À titre d’exemple, disons que votre priorité est de rapporter de
Dans mon cas, une deuxième puis une troisième journée très difficiles se soldèrent par à peine une dizaine de caribous aperçus au loin. Malgré tout, j’entreprends la quatrième journée avec beaucoup d’optimisme. Finalement, en milieu d’après-midi une bande d’une trentaine de bêtes débouche sur la colline à bonne distance. Un examen attentif aux jumelles nous permet d’apercevoir une dizaine de beaux mâles qui ferment
Horreur, pendant que les bêtes se déplaçaient hors de notre champ de vision, elles en ont profité pour changer de cap et nous les voyons apparaître complètement à notre droite. Accompagné du guide qui doit me servir de caméraman, nous partons à toute vitesse vers les caribous, en prenant soin de courir plus bas sur la crête pour éviter qu’ils repèrent notre silhouette. Finalement, à bout de souffle, je commence à bifurquer vers le haut.
En arrivant sur un petit plateau, j’aperçois cinq ou six grands mâles qui y débouchent en même temps que moi et semblent suivre le reste du troupeau. Puisque le temps presse, je m'allonge sur un gros rocher qui constitue un appui parfait et je demande au guide s'il voit les bêtes dans l’écran de la caméra vidéo. Il me le confirme et m’indique qu’il est parfaitement cadré sur le seul caribou qui nous fait face.
Le réticule de ma lunette étant déjà enligné sur cette cible, le guide n’a pas le temps de finir sa phrase que le coup retentit, et presque en même temps le «Yes sir!» traditionnel! Frappé au niveau du cou, le caribou qui se trouvait à 225 verges s’écrase instantanément. Seul hic, mon caméraman a été un peu surpris par la rapidité de mon tir, ce qui l’a fait sursauter au moment fatidique… Malgré tout, vous pouvez voir le clip vidéo de cette scène spectaculaire au www.sentierchassepeche.com
Finalement, la dernière journée du voyage fut la meilleure en termes de bêtes aperçues. Malgré une pluie torrentielle et des vents violents nous empêchant de pêcher sur le lac cette journée-là , il n’était pas question pour moi de rester au camp. J’avais décidé d’emprunter un .410, histoire de chasser un peu le lagopède. J’en profitais aussi pour accompagner un des guides qui n’avaient pas de client et désiraient aller se prélever une belle grosse femelle pour rapporter de la bonne viande à la maison.
Cette journée-là , outre des dizaines de lagopèdes j’ai dû facilement apercevoir plus de 75 caribous, dont quelques très beaux mâles, et tout ça sur la montagne faisant face au camp principal... D’autres images croquées avec ma caméra vidéo resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Quelle belle façon de conclure ce magnifique périple au pays des caribous et des aurores boréales!

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