Chasser l’orignal durant les tout premiers jours de septembre représente tout un défi, vous en conviendrez. Dans cette situation, on peut considérer cette chasse comme facile, même si la densité animale est bonne. Mais mon métier m’a appris que si on y met le temps et les efforts, les résultats viennent très souvent d’eux-mêmes…
Se rendre à l’affût
J’en étais à mon cinquième jour de chasse, et encore une fois la pluie et le vent du sud étaient de
Avec ces précautions et de nombreuses pauses, je parvins à m’asseoir dans le mirador tout neuf à 7 h pile, sans avoir effrayé les trois tétras des savanes qui picoraient devant mon affût. Mon arrivée tardive découlait d’un orage assez intense qui s’était acharné sur la région et nous avait réveillés vers les 3 h 30. Mon oncle et compagnon de chasse pour ce voyage, Edmond Dubuc, et moi avions choisi de laisser passer le pire des intempéries en circulant en camionnette près de notre coin de chasse, dans l’espoir de croiser des pistes fraîches d’orignal dans le sable et le gravier mou des chemins.
Depuis notre arrivĂ©e Ă
Pourtant, la présence des orignaux était indiscutable. Nous avions relevé plusieurs sentiers régulièrement empruntés par ces animaux, et les indices de brout, des frottages, des couches et même d’anciennes souilles en témoignaient également. La situation était sensiblement la même dans les quatre autres secteurs de chasse de la pourvoirie également. Nous avons donc dû faire appel à la plus importante qualité du chasseur : la patience.
Des aménagements clés
Avec ses 400 km², le Secteur Tourilli comprend cinq zones de chasse à l’orignal. En 2010, les compagnies forestières s’apprêtaient à reprendre l’exploitation de certains secteurs principalement composés d’épinette noire, de sapin, de mélèze, de peuplier et de bouleau à papier. Mais le milieu boisé était encore bien dense à notre passage, mesurant une hauteur moyenne de 5 m et plus quasiment partout, alors il était plutôt difficile de chasser à vue.
Nous avons tout de même tenté de pratiquer un peu de chasse fine dans un vieux sentier de débusqueuse en milieu de séjour. C’est d’ailleurs là que j’ai eu une occasion éclair de récolter un orignal femelle, mais le temps d’une légère inattention, il s’était déjà faufilé dans un taillis de sorbiers. Dans cette position, à si faible distance, la seule partie de la bête que je suis parvenu à aligner dans ma lunette de tir était son arrière-train. J’ai donc retenu mon tir, sachant bien qu’un tel coup porté à l’animal aurait été loin d’être éthique. La densité de la forêt environnante contribuait ainsi à sauver cette bête.
De nombreux aménagements ont été mis en place par William Romain depuis le printemps 2009. Il a commencé par installer des salines à plusieurs endroits dans le territoire, où il a construit des miradors et des caches au sol selon le secteur pour faciliter la tâche des clients. Il a également introduit plusieurs appareils de repérage près des salines pour garder l’œil ouvert sur les déplacements des orignaux dans chaque site aménagé.
Heureusement, depuis que William Romain a pris les guides de la pourvoirie en 2009, on a aménagé des sites et implanté de l’équipement pour venir en aide aux chasseurs. L’homme de 32 ans, natif de la nation huronne de Wendake, a commencé à travailler dans le Secteur Tourilli dans le cadre de divers projets étudiants en 1998. Il a ensuite suivi une formation en foresterie à Duchesnay et continué à travailler pour l’organisation jusqu’en 2005.
C’est à ce moment que le Secteur Tourilli, un territoire de la réserve faunique des Laurentides, a été délaissé par le conseil de bande des Hurons de Wendake qui en assumaient la gestion depuis 1987. De 2006 à 2008, le secteur n’a été exploité par la réserve des Laurentides que pour la chasse de l’orignal, la pêche étant mise de côté. Malgré ce changement de tutelle, William a continué à travailler dans le secteur durant cette période, devenant contremaître du réseau routier de la réserve des Laurentides.
Au début 2009, des changements politiques majeurs dans la communauté de Wendake, principalement l’élection du grand chef Konrad Sioui, amenèrent un regain d’intérêt pour ce territoire. À ce moment, l’entreprise de William a été choisie pour assurer la saine gestion du Secteur Tourilli en tant que pourvoyeur en bonne et due forme. Fort de sa grande connaissance du territoire, il était bien au fait des difficultés à surmonter, ce qu’il a entrepris avec sérieux et ingéniosité.
Il a commencé par mettre en place six salines, pour ensuite construire des caches (en hauteur et au sol, selon l’endroit) pour chacune d’elle, afin de créer des sites de chasse productifs pour les chasseurs. Le meilleur a été lorsque William a équipé divers endroits clés du territoire d’une dizaine d’appareils de surveillance, notamment pour surplomber les salines. En très peu de temps, il a pu identifier les endroits les plus utilisés par la grande faune (les appareils servent aussi pour les sites de chasse printanière (?? Voir dates dans fiche technique) de l’ours noir), et déterminer si des mâles fréquentaient tel ou tel secteur.
Les approches habituelles de chasse de l’orignal, comme l’appel et le «rattling», ne donnaient aucun résultat. Pourtant, les signes de présence et d’activité des orignaux étaient nombreux.
Des images révélatrices
Quelques semaines avant l'ouverture de la chasse, William m’a fait parvenir par l’internet des images évocatrices d’orignaux provenant du secteur de chasse qui m'avait été attribué. Une fois sur place, nous avons pu continuer à consulter ce que les appareils captaient pendant tout le séjour.
Après quelques jours de chasse, je suis allé visualiser les clichés enregisrés par l’appareil et j’ai été surpris de découvrir des images d’un bel orignal femelle qui s’était pointé à la saline au beau milieu de la journée de la veille, plus précisément à 12 h 45. Elle avait ensuite passé près de 30 minutes sur les lieux avant de retourner dans la forêt dense. Jusqu’à ce moment, j’avais surtout concentré mes efforts de chasse dans cette cache très tôt le matin et en fin de journée.
Étant en début de saison, les journées étaient très longues et nous pouvions chasser de 5 h 45 à 19 h 50. Jusqu’à maintenant, mon partenaire de chasse et moi retournions au chalet vers midi, question d’aller sécher nos vêtements, de prendre un bon dîner et de rattraper quelques précieux moments de sommeil. Ensuite, vers 14 h 30, nous retournions au poste, bien revivifiés et prêts à chasser de nouveau. Mais vu l’information fournie par l’appareil de détection, et puisqu’il ne restait que deux jours de chasse, j’avais décrété que je passerais toute la journée dans le mirador à proximité de cette saline, d’une noirceur à l’autre.
Ce matin-là , je me préparai un lunch canon et j’apportai avec moi beaucoup plus de vêtements qu’une température de plus ou moins 12 °C aurait pu prescrire. Mais mon site était exposé au vent, et la pluie qui tombait parfois avec force créait beaucoup d’humidité dans mes vêtements, malgré la membrane interne microporeuse de mon habit de chasse. C’est pourquoi je choisis de porter davantage de vêtements, pour éviter d’être victime du fameux «frisson» que la majorité des chasseurs à l’affût de longue date connaissent bien.
De retour à l’affût
J’attendais l’heure du midi avec enthousiasme, bien confiant que des événements puissent se dérouler à ce moment particulier. Vers le milieu de l’avant-midi, l’épaisse couche de brouillard qui m'avait empêché jusque-là d’apercevoir même la saline à moins de 90 m de ma position se dissipa. Le vent se calma aussi après le passage d’une bonne ondée qui semblait avoir apporté une accalmie.
La brise venait par moments et le ciel restait de béton. Dans la forêt, la faune s’activait au gré d’une journée parmi tant d’autres. Un tétras solitaire vint me tenir compagnie pendant plus d’une heure et demie, picorant le gravier devant ma cache. Des clans de petits oiseaux tapageurs passaient et revenaient à l’occasion, et une jeune mouffette vint même faire son tour en quête d’un petit repas facile.
Tout à coup, un bruit difficile à définir se fit entendre. Ça ressemblait étrangement à quelqu’un qui marche en s’enfonçant dans la boue en bordure d’un plan d’eau. Mais le lac le plus près se trouvait au moins 200 m derrière moi, et le bruit ne se répéta pas suffisamment pour que je puisse en déterminer la source exacte. Je continuai à patienter, mais j’étais maintenant en alerte et plus attentif que jamais face à cette portion de forêt.
Il était 14 h 05 lorsqu’un bruit de pas très clair parvint de la même direction. En un instant, la carabine fut en position et je mis en joue le grand nez d’un orignal femelle qui s’avançait prudemment hors du sentier. Deux pas de plus et il ne fut plus caché que par deux petites épinettes à peine au stade de gaulis.
Il me fallut à peine une seconde pour me souvenir que la brise poussait mon odeur directement vers ma cible, alors après quelques battements de cœur je ne pris aucun risque, déposai le croisillon de lunette directement sur la «bosse» de l’épaule de l’animal et fis feu. Le boulet ayant dévié légèrement vers le haut une fois en contact avec l’os dur de l’épaule, il fracassa une des vertèbres de la colonne avant de traverser l’épaule opposée. L’effet fut instantané, l’orignal foudroyé!
Une bonne leçon… pour certains
C’est après toutes les étapes subséquentes de prise de photos, de mise en quartiers, de transport de la bête jusqu’à l’accueil et de suspension des pièces dans la chambre froide toute neuve de la pourvoirie que nous avons réalisé combien il est important de ne jamais baisser les bras lors d’une expédition de chasse. D’ailleurs, le lendemain, alors que nous discutions avec William au chalet, un des chasseurs du camp voisin vint nous dire que deux énormes bucks avaient adopté le même comportement dans son territoire. Il les avait croqués sur le vif avec son propre appareil de détection au beau milieu de la journée quelques jours auparavant.
Cependant, après un regard rapide à l’horloge accrochée au mur de la cuisine, il eut de la difficulté à m’expliquer pourquoi il n’était pas encore à son poste, mais bien toujours au chalet… alors qu’il était 13 h 15!
FICHE TECHNIQUE
Pourvoirie Secteur Tourilli
490, rue des Trois Sœurs
Wendake, QC
G0A 4V0
Téléphone : 418 843-9355
Courriel : tourilli@hotmail.com
Site Web : www.tourilli.com
Zone 27
Forfaits de 5 jours de chasse à l’orignal comprenant chalet au bord de l’eau tout équipé (éclairage, cuisinière et deux réfrigérateurs au propane, chauffage au bois (bois fourni), eau courante (non potable), trois chambres à coucher, chambre de bain complète avec douche intérieure, droit de chasse (1 orignal par groupe).
Plan européen seulement, groupe minimum 3 personnes et maximum 4 chasseurs.
En période de chasse, embarcation, moteur et essence disponibles pour dépanner seulement.
Six salines aménagées (trois avec mirador en hauteur et trois avec cache au sol). Quatre autres salines prévues pour 2011.
Chasse à l’orignal du 5 au 30 septembre
Inscription au tirage au sort obligatoire (ouvert du 3 au 22 janvier sur le site www.tourilli.com)
Par groupe : 2995 $
Accompagnateur additionnel (non chasseur) : 150 $/jour
Chasse au petit gibier du 16 au 24 octobre
Forfait en chalet avec droit de chasse : 75,30 $/jour/personne
Chasse à l’ours du 1er au 5 septembre (?? À vérifier)
Forfait combiné avec pêche en chalet : 650 $/personne
10 sites appâtés dont deux avec caches aménagées.
Forfaits de pêche en chalet, en camping (avec bloc sanitaire) ou à la journée disponible à partir de 58 $/jour/personne.
Forfait familial disponible à partir du 5 juillet. Tous les forfaits en chalet comprennent l’hébergement, le droit de pêche et l’embarcation (avec rames).
52 lacs exploités pour l’omble de fontaine. Deux lacs renferment aussi de l’omble chevalier. Poissons sauvages seulement; les salmonidés ne sont pas ensemencés mais bien relocalisés.
Pêche à partir du 25 mai jusqu’à la fin de semaine de la fête du Travail.