Je chasse la gĂ©linotte huppĂ©e depuis lâĂąge de 12 ans, soit depuis une trentaine dâannĂ©es. Ă cette Ă©poque, lâapprentissage dâun nouvel adepte dĂ©butait inĂ©vitablement par la chasse de ce splendide oiseau. PrĂ©sent presque partout au QuĂ©bec, il Ă©tait donc assez facile de faire rĂ©colter quelques spĂ©cimens Ă un jeunot nâayant aucune expĂ©rience. Ătant natif de la GaspĂ©sie, mes premiĂšres annĂ©es de chasse Ă la gĂ©linotte furent assez faciles. Celles-ci Ă©taient abondantes et peu farouches. Je rĂ©coltais ainsi ma part dâoiseaux sans trop me poser de questions. Câest lorsque je suis dĂ©mĂ©nagĂ© dans la rĂ©gion de QuĂ©bec et que je me suis mis Ă chasser des secteurs moins giboyeux quâen GaspĂ©sie que je me suis rendu compte que la partie ne serait pas toujours aussi facile. Jâai compris alors quâil faudrait que je sois fin observateur pour dĂ©couvrir les moindres petits dĂ©tails qui me serviraient Ă tirer mon Ă©pingle du jeu car en plus dâĂȘtre moins nombreuses, les gĂ©linottes Ă©taient plus farouches, ce qui compliquait leur rĂ©colte.
Ce dernier point me permit par contre de constater des choses toute simples. En effet, mĂȘme si je manquais une gĂ©linotte lors dâune sortie en forĂȘt, cela ne voulait pas dire que cet oiseau quittait le secteur, bien au contraire. TrĂšs souvent le lendemain ou le week-end suivant, je pouvais obtenir une seconde chance de la rĂ©colter. Jâai appris plus tard en me documentant que la gĂ©linotte huppĂ©e occupe un espace vital trĂšs restreint tout au long de sa vie (pas plus de 100 ha) et que dans cet espace restreint, elle affectionne des endroits bien prĂ©cis. Il faut comprendre que cet oiseau nâest pas trĂšs intelligent et quâil nâassocie pas un danger Ă un lieu prĂ©cis. Certes, une gĂ©linotte constamment dĂ©rangĂ©e par des prĂ©dateurs deviendra plus nerveuse et donc plus farouche quâune autre qui nâa pas Ă subir cette pression. Mais, cela ne lâincitera pas Ă dĂ©mĂ©nager ses pĂ©nates ailleurs. Fort de ce constat, jâai commencĂ© Ă noter prĂ©cisĂ©ment oĂč je levais des perdrix, sachant fort bien que cet endroit abritait quelques spĂ©cimens. De plus, jâai pris lâhabitude dâanalyser ces secteurs pour comprendre pourquoi une ou des gĂ©linottes se trouvaient Ă ces endroits. Ainsi, en scrutant attentivement les lieux, je dĂ©couvrais soit des arbres fruitiers, un petit ruisseau, un arbre renversĂ© oĂč un mĂąle pouvait tambouriner, un petit Ă©clairci en forĂȘt, etc. Ces dĂ©couvertes venaient ainsi me confirmer que ces rencontres nâĂ©taient pas le fruit du hasard et que mĂȘme si jâavais rĂ©coltĂ© un oiseau dans un secteur, ce dernier risquait fort bien dâen abriter un ou plusieurs autres la semaine ou la saison suivante. Lorsquâon commence Ă noter de telles observations, il est important dâinscrire le plus dâinformations possible comme la date, lâheure de lâobservation ainsi que les conditions mĂ©tĂ©orologiques du moment. De cette façon, on peut noter des tendances de frĂ©quentation des gĂ©linottes huppĂ©es sur un territoire prĂ©cis. Ces donnĂ©es peuvent par la suite ĂȘtre enregistrĂ©es dans votre GPS et vous pouvez ainsi crĂ©er un parcours qui vous fera passer dâun secteur propice Ă un autre.
Ăa fait maintenant plusieurs annĂ©es que je fonctionne ainsi et je dois avouer humblement que je rĂ©ussis Ă rĂ©colter mon lot dâoiseaux annuellement et ce, dans des secteurs qui nâabritent pas nĂ©cessairement des quantitĂ©s importantes de gĂ©linottes.