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Doublé de lagopÚdes
Doublé de lagopÚdes
25/12/2011 | Par webmaster

   Par  RĂ©mi Ouellet

 

   Qui peu blĂąmer un chasseur de claironner ses exploits ? Je vais vous raconter l’histoire d’un doublĂ© de lagopĂšdes alpins que j’ai rĂ©alisĂ© le 19  mars 2010  aux confins du QuĂ©bec et du Labrador Ă  la hauteur du cinquante-quatriĂšme parallĂšle. Ayant la chance d’occuper un poste me permettant de voyager Ă  la grandeur de la belle province il n’est pas rare que pendant la saison de chasse hivernale j’emporte mon fusil et mes raquettes dans mes bagages. Que faire alors quand un gars de chasse se retrouve Ă  Schefferville en plein hiver ! Regarder la tĂ©lĂ©vision ou
Chasser ? Nous sommes ici au royaume des perdrix blanches, autant en profiter.

 

Depuis 2007 que je vais travailler dans ce bled, je n’ai jamais vu autant de gibier. Des lagopĂšdes et des liĂšvres Ă  profusion .Les lĂ©poridĂ©s, personne ne chasse ça ici. Ni les Innus (Montagnais) ni les Naskapis  et encore moins nous les blancs, c’est comme ça que les autochtones nous appellent. Ce sont les mĂȘmes liĂšvres que ceux du sud, c'est-Ă -dire de la vallĂ©e du St Laurent (LiĂšvre variable d’AmĂ©rique). Dans la taĂŻga le liĂšvre est relativement facile Ă  chasser, les forĂȘts sont petites et claires, surtout en hiver alors que la neige permet au chasseur d’accĂ©der pratiquement partout .Tout ce que ça prend en fait c’est une  bonne paire de  raquettes.

 

Les lagopĂšdes, alors lĂ  c’est fantastique. Les perdrix blanches Ă©voluent partout dans  ce nord manifestement grand oĂč  Il existe deux espĂšces de lagopĂšdes ; Il y a tout d’abord le plus commun, le lagopĂšde des saules et son trĂšs proche cousin Le lagopĂšde alpin autrefois appelĂ© lagopĂšde des rochers.

 

 Les populations de ptarmigans sont sujettes Ă  des variations cycliques s’étendant sur approximativement dix ans. C’est Ă  dire que pendant le sommet d’un cycle il y a des lagopĂšdes partout dans l’immensitĂ© nordique. Si bien que les individus ayant nichĂ©s sur la limite sud de l’aire de nidification se dĂ©placent jusqu’au fleuve ST Laurent. Je me rappelle avoir chassĂ© la perdrix des neiges  pendant l’hiver 1990 alors qu’il y en avait  dans les villages de Forestville, RiviĂšre Portneuf et Colombier sur la cĂŽte nord prĂšs du Saguenay. Ce mĂȘme hiver, des copains avaient fait de beaux tableaux de blanches dans les rĂ©gions situĂ©s  Ă  la tĂȘte du Lac St Jean.

 

Le journal des jĂ©suites rapporte qu’en 1648 les perdrix blanches sont en quantitĂ© prodigieuse. Durant le mois de dĂ©cembre plus de 1 200 de ces perdrix ont Ă©tĂ© tuĂ©es Ă  Beauport


 

En 1871 M. Junot, chasseur, affirme que 10 000 perdrix blanches ont Ă©tĂ© tuĂ©es durant l’automne au lac St Jean. Lui mĂȘme en a amenĂ© « une charge de cheval au marchĂ© de QuĂ©bec Â»

 

Que dire alors de NapolĂ©on –A Comeau qui affirme que les gens de la cĂŽte nord, entre Mingan et Godbout  tuent  60 000 perdrix blanches en 1885. Il avoue lui-mĂȘme en avoir abattus 164 en un seul matin


 

Source; Histoires vraies de chasse au Québec,

Donald Guay,VLB éditeur.

 

Les lagopĂšdes alpins (lagopus mutus) qui effectuent Ă©galement des dĂ©placements se mĂ©langent parfois aux lagopĂšdes des saules (lagopus lagopus) quand il y a une explosion des populations. Autrement il s’agit d’aller chasser sur les montagnes pour voir des petites blanches des rochers. Ce matin mon collĂšgue de travail qui n’est pas du tout chasseur m’accompagne pour la ballade en raquette. Comme il n’est jamais venu dans cette partie de la province, aujourd’hui il est promu au titre  de dĂ©clencheur Ă  distance de camĂ©ra
 Le soleil est radieux et coup de chance, il est tombĂ© une fleurette de neige pendant la nuit pour effacer les vieilles traces de perdrix. MĂȘme si nous sommes en mars, la couche de neige est encore Ă©paisse mais le doux temps du week-end dernier fait en sorte qu’il y a une croĂ»te solide nous permettant d’aller facilement partout .Comme il s’agit de mon troisiĂšme voyage Ă  Schefferville cet hiver, naturellement je retourne chasser aux places oĂč j’ai eu du succĂšs. Ma technique est  simple .Il s’agit de rouler lentement en voiture et quand il y a des pistes fraĂźches de lagopĂšdes, de mettre les raquettes et de poursuivre la voie jusqu’au gibier.

 

Nous progressons dans ce paysage silencieux ou le seul bruit audible est celui de la neige crissant sous les raquettes jusqu’au faite d’une colline en zigzagant entre les arbres pour tenter de surprendre une dizaine de perdrix  qui selon les pistes, sont passĂ© ici tĂŽt ce matin.

 

Au dĂ©tour d’une pointe d’épinettes chĂ©tifs, complĂštement invisible parce que blanc sur blanc c’est difficile de les distinguer, la compagnie Ă©clate dans un tintamarre de battement d’ailes.

 

 J’ai le temps d’aligner une blanche, de presser la dĂ©tente puis d’en ajuster une autre qui tombe Ă  peu de distance de la premiĂšre. VoilĂ , Tout ça se passe en une voir deux petites secondes et pourtant ce sont des instants d’éternitĂ©. L’image d’une perdrix immaculĂ©e se cabrer sur ce bleu d’azur avant de choir dans la neige reste figĂ© dans mes souvenirs.

 

C’est en allant rĂ©cupĂ©rer mes blanches que je rĂ©alise que ce sont des lagopĂšdes alpins. Comme elles sont petites comparativement Ă  la cousine des saules, les pattes plus menus et le bec dĂ©licat en plus de l’apparat du coq, le masque noir qui relie  bec Ă  l’Ɠil. Mon premier doublĂ© de lagopĂšde alpin Ă  vie .Comme elles ne volent que sur 200 ou 300 mĂštres,nous avons poursuivi cette compagnie pour la relever et rĂ©ussir a  attraper d’autres individus avant qu’elles disparaissent sur la ligne d’horizon.  Comme le temps file, aprĂšs deux heures de chasse il est temps de redescendre vers la camionnette. Dans un repli du terrain nous longeons un ruisseau tortueux bordĂ© d’aulnes et de broussailles oĂč il y a un tas de piste de perdrix. J’ai  la chance de faire de jolis coups de fusil  sur de grosses blanches des saules isolĂ©es mais Ă  peu de distance les unes des autres.  Probablement qu’elles s’éloignent un peu comme ça quand elles sont en quĂȘte de nourriture qui consiste en brindilles et en bourgeons de saules et d’aulnes.

 

Chemin faisant, en passant entre deux rangĂ©s de rĂ©sineux nous dĂ©couvrons  un chemin de liĂšvre balisĂ© et bien droit, une vĂ©ritable autoroute Ă  liĂšvres qui relie les lignes d’épinettes aux broussailles du  ruisseau. Je dis alors Ă  mon compagnon Â«  longe  la ligne d’épinettes et regarde au loin, tu vas voir des liĂšvres. Moi je progresse de mon cĂŽtĂ©.  Si il y a des liĂšvres ici c’est certain qu’on va les surprendre Â».

 

 D’oĂč je suis je discernes mon compagnon Ă  travers le maigre rideau d’épinettes moussus et devant 
une paire de longues oreilles  partiellement dissimulĂ© derriĂšre un monticule de neige, jouant Ă  l’homme invisible.

 

DĂ©solĂ© mon vieux mais je t’ai vu
PAN !  Au mĂȘme moment sur ma gauche un deuxiĂšme liĂšvre sort de sa cachette et dĂ©boule Ă  toute vitesse vers un bosquet plus dense quand brutalement  il  exĂ©cute une spectaculaire culbute  le cul truffĂ© de plomb. J’en ai le souffle coupĂ©! Deux liĂšvres en mĂȘme pas une minute. Heureusement nous ne sommes plus loin de la voiture car je souffre. Chacun doit porter sa croix ! Euh
c’est que j’ai les Ă©paules sciĂ© par le poids du gibier ! Dur la vie quand mĂȘme !...

 

Cette semaine de chasse   des petits gibiers dans ce coin isolĂ© du QuĂ©bec est de loin la plus extraordinaire que j’aie vĂ©cu depuis belle lurette.

 

Du gibier de qualitĂ© Ă  la pelle, une tempĂ©rature Ă©tonnante si je la compare Ă  dĂ©cembre ou j’ai chassĂ© par moins 50
et une ambiance divine. C’est ce genre d’aventure que je vous souhaite de vivre  un jour au pays des aurores borĂ©ale.

 

Un beau tableau de chasse réalisé par l'auteur

Commentaires
Jean Clément St-Gelais | 09/12/2010
Ça me rappel le temps oĂč j'habitais Ă  Fermont, j'.en ai chassĂ© des predrix blanche et surtout, mangĂ©