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Relocalisation de truites dans la réserve des Laurentides
Relocalisation de truites dans la réserve des Laurentides
29/12/2010 | Par Jeannot Ruel

TransfĂ©rer des truites indigĂšnes d'un lac Ă  l'autre est un bon moyen d'Ă©quilibrer l'offre et la demande de pĂȘche. Voici comment s'effectuent ces opĂ©rations.

 

 

Dans les territoires de pĂȘche Ă  gestion contrĂŽlĂ©e comme les rĂ©serves fauniques, une des premiĂšres mesures pour Ă©viter la surexploitation consiste Ă  effectuer une rotation des pĂ©riodes d'ouverture des plans d'eau. GrĂące aux connaissances accumulĂ©es sur la limnologie et la capacitĂ© de production des diffĂ©rents lacs, les biologistes Ă©tablissent pour chacun un quota de captures pouvant ĂȘtre effectuĂ©es annuellement de façon sĂ©curitaire, sans risque d’entamer le capital de la population de truites rĂ©sidentes.

 

Quand le quota de captures d'un lac est atteint, on le ferme Ă  la pĂȘche et on en ouvre un autre, une mesure facilement applicable dans une immense rĂ©serve faunique comptant un grand nombre de lacs. Environ 2000 plans d'eau sont rĂ©pertoriĂ©s dans la seule rĂ©serve des Laurentides, et 675 d’entre eux sont accessibles aux pĂȘcheurs qui y prĂ©lĂšvent annuellement prĂšs de 330 000 ombles de fontaine. ConsĂ©quemment, certains lacs peuvent se retrouver fermĂ©s en cours de saison parce que leur quota a Ă©tĂ© atteint, alors que d'autres sont loin d'avoir Ă©tĂ© exploitĂ©s Ă  leur plein potentiel par les pĂȘcheurs pour toutes sortes de raisons, notamment l'Ă©loignement ou la difficultĂ© d'accĂšs.

 

Moyens de soutien

 

Dans la rĂ©serve des Laurentides, pour prĂ©server la souche indigĂšne des ombles de fontaine, il est hors de question d'introduire par ensemencement des poissons autres que ceux provenant de l'intĂ©rieur mĂȘme de la rĂ©serve. Pour favoriser le rendement de reproduction naturelle, dans plusieurs (environ 55) des lacs fortement sollicitĂ©s on a procĂ©dĂ© Ă  des amĂ©nagements intensifs, comme le nettoyage du substrat des sites de fraye, l'ajout de gravier au besoin, l'installation de seuils pour la crĂ©ation de courants favorables, etc.

 

À certains endroits, on procĂšde aussi Ă  l'implantation d'Ɠufs fĂ©condĂ©s provenant de gĂ©niteurs indigĂšnes, ces Ɠufs Ă©tant introduits dans des caissons spĂ©ciaux munis de couches de tapis Astroturf et immergĂ©s sur les sites de fraye amĂ©nagĂ©s pour les protĂ©ger totalement pendant la pĂ©riode d'incubation, une mĂ©thode biologique reconnue pour contribuer Ă  la survie d'un trĂšs fort pourcentage d'alevins vĂ©siculĂ©s. Cette mĂ©thode est surtout utilisĂ©e pour «reconditionner» les frayĂšres rĂ©amĂ©nagĂ©es vers la reproduction naturelle.

 

Finalement, un autre moyen de soutien Ă  la qualitĂ© de pĂȘche assez largement utilisĂ© dans la rĂ©serve des Laurentides est ce qu'il est convenu d'appeler la relocalisation de truites indigĂšnes prĂ©levĂ©es dans des lacs oĂč le quota n'a pas Ă©tĂ© atteint et redistribuĂ©es dans d'autres oĂč le besoin se fait sentir. Ces derniers sont le plus souvent des plans d'eau Ă  faible potentiel de fraye mais Ă  forte capacitĂ© de support nourricier, et dans une moindre mesure on peut aussi se servir de ce moyen pour soutenir des lacs fortement sollicitĂ©s et souvent situĂ©s en face des chalets d'hĂ©bergement.

 

Selon le cas, la relocalisation de truites peut donc viser un objectif de support au nombre de captures, d'augmentation de masse moyenne des prises ou de simples besoins de dépÎts-retraits.

 

Au total, 12 000 Ă  15 000 poissons sont relocalisĂ©s annuellement dans divers plans d'eau de la rĂ©serve. Le secteur Croche-McCormick de la portion sud-ouest de la rĂ©serve fait notamment l'objet d'une bonne part de ces redistributions de poissons, surtout dans des plans d'eau de tĂȘte de bassins hydrographiques. En effet, on y dispose d'une bonne base de donnĂ©es biologiques, la pĂȘche dans le secteur ferme tĂŽt (ce qui favorise l'acclimatation et la protection Ă  court terme des truites relocalisĂ©es) et on y applique une forme d'exploitation spĂ©cialement contrĂŽlĂ©e de pĂȘche avec guide et quota limitĂ© de captures quotidiennes.

 

Truites voyageuses

 

Les relocalisations de poissons en support Ă  la pĂȘche sont effectuĂ©es par camionnette dans les secteurs les plus rapprochĂ©s, tandis que celles destinĂ©es aux plans d'eau de secteurs plus Ă©loignĂ©s et plus difficilement accessibles se font par hydravion. IdĂ©alement, les opĂ©rations de relocalisation auraient lieu au dĂ©but d'Ă©tĂ©, alors que la tempĂ©rature de l'eau des lacs est fraĂźche, mais de façon pratique il est plus facile de prĂ©lever des poissons en fin d'Ă©tĂ© ou en dĂ©but d'automne, quand on connaĂźt exactement les surplus disponibles par rapport aux quotas des lacs.

 

Il faut dire aussi que ces opĂ©rations sont grandement facilitĂ©es par la prĂ©sence de la station piscicole du lac Banville, Ă  courte distance au nord-ouest du grand lac Jacques-Cartier. Ses installations sophistiquĂ©es peuvent servir, le cas Ă©chĂ©ant, Ă  hĂ©berger temporairement des poissons Ă  relocaliser. De plus, ce secteur comprend cinq lacs oĂč aucune pĂȘche sportive n’est permise, et au besoin ils peuvent servir de «banque» pour un prĂ©lĂšvement de support de poissons.

 

Les 22 et 23 juillet 2008, j'ai eu l'occasion d'assister Ă  une opĂ©ration complĂšte de relocalisation, alors que prĂšs de 1700 ombles de fontaine (75 % de 7 ou 8 po et 25 % de 10 Ă  13 po) ont Ă©tĂ© capturĂ©s et redistribuĂ©s dans les lacs Gilbert (secteur Lac des MĂąles), Beaujour et Nirvana (secteur Beaujour), les trois Ă©tant accessibles seulement par hydravion (et portage dans le cas du Nirvana).

 

Dans les jours précédents, Gaétan Fournier, technicien principal en aménagement faunique pour la réserve des Laurentides, son assistant Sébastien Massé ainsi que trois étudiants stagiaires avaient procédé à l'installation de filets-trappes dans des secteurs prédéterminés des lacs sélectionnés pour les prélÚvements. Grùce à la collaboration de Denis Boivin, responsable du développement de ladite réserve, j'ai pu me joindre aux opérations pour vous rendre compte de leurs intéressantes facettes par le texte et par l'image.

 

Séance de captures

 

Ces filets de type Pennsylvania, installĂ©s perpendiculairement Ă  la rive, comportent des ailes de concentration en entonnoir menant Ă  une cage centrale de non-retour dans laquelle les poissons prisonniers ne peuvent retrouver la sortie. Selon le nombre de truites Ă  relocaliser, on part avec une ou deux camionnettes dont la caisse contient un grand bac muni d’un systĂšme d’oxygĂ©nation, en plus des autres Ă©quipements comme les cages de rĂ©tention, barils, seaux et Ă©puisettes spĂ©ciales pour le transbordement des poissons.

 

Si la tempĂ©rature d’eau du lac choisi risque d’ĂȘtre trop Ă©levĂ©e (en pĂ©riode estivale), on s’arrĂȘte Ă  un ruisseau ombragĂ© avec eau vive qui traverse le chemin pour prĂ©lever de cette eau fraĂźche et en remplir les bacs des camionnettes. Par exemple, le 22 juillet 2008, la tempĂ©rature du ruisseau de prĂ©lĂšvement de l'eau des bacs Ă©tait de 13 ÂșC par rapport Ă  23 ÂșC Ă  la surface du lac oĂč la capture des truites a eu lieu.

 

Une fois rendu au lac choisi, les cages de rĂ©tention sont placĂ©es dans l’eau prĂšs du quai, et trois techniciens prennent place dans une chaloupe avec un baril de transport et un seau pour le transfert des truites. Sur place, la partie trappe du filet est relevĂ©e jusqu’à ce que les poissons prisonniers se retrouvent prĂšs de la surface tout Ă  cĂŽtĂ© de l’embarcation, puis un technicien s’introduit dans la trappe pour y prĂ©lever un certain nombre de truites avec un seau dont un autre technicien dĂ©verse le contenu dans le baril prĂ©alablement rempli de l’eau du lac.

 

L’opĂ©ration est rĂ©pĂ©tĂ©e jusqu’à ce que le technicien en chef dĂ©cide que la concentration de poissons dans le baril approche la capacitĂ© maximale. Pendant le transport de retour au quai, l’eau du baril est continuellement brassĂ©e et oxygĂ©nĂ©e par puisĂ©es et dĂ©versements avec une Ă©cope.

 

Au quai, les poissons du baril sont transfĂ©rĂ©s dans les cages de rĂ©tention Ă  l’aide d’une Ă©puisette spĂ©ciale, sĂ©parĂ©s selon leur taille moyenne et dĂ©comptĂ©s le plus prĂ©cisĂ©ment possible, pendant que les premiers techniciens retournent au besoin chercher le reste des poissons contenus dans la trappe. Finalement, les poissons des cages de rĂ©tention sont retransfĂ©rĂ©s Ă  l’aide de seaux dans les grands bacs des camionnettes  et les systĂšmes d’oxygĂ©nation sont ajustĂ©s au nombre de poissons dans les bacs.

 

Transfert aérien

 

Comme ces opĂ©rations peuvent prendre une bonne partie de la journĂ©e, surtout si les lacs Ă  prĂ©lĂšvement sont Ă©loignĂ©s, les camionnettes reviennent ensuite Ă  la station de biologie du lac Banville. LĂ , les poissons sont encore une fois transfĂ©rĂ©s Ă  l’aide de seaux dans les grands bassins d’élevage aux eaux Ă  tempĂ©rature et oxygĂ©nation contrĂŽlĂ©es pour y passer la nuit.

 

Dans le cas oĂč la relocalisation doit se faire dans des lacs Ă©loignĂ©s et difficilement accessibles, on procĂšde par hydravion avec point de dĂ©part au lac Jacques-Cartier, non loin de la station de biologie. Le lendemain matin les truites doivent donc Ă  nouveau ĂȘtre transportĂ©es dans les bacs de camionnette, de la station jusqu’au point d’embarquement, oĂč elles sont remises dans des cages de rĂ©tention dans l’eau du lac.

 

Il s’agit alors de prĂ©parer des «boudins» constituĂ©s de longs sacs de plastique remplis d’eau dans lesquels les truites sont dĂ©versĂ©es Ă  raison d’une centaine par sac. Puis on y introduit le tuyau d’une bonbonne d’oxygĂšne pour en saturer l’intĂ©rieur du sac avant d’en fermer l’ouverture hermĂ©tiquement par torsions et enroulages de ruban gommĂ©. Chaque sac est ensuite introduit dans la soute de l’hydravion, posĂ© sur un tapis protecteur et identifiĂ© en fonction du lac oĂč le contenu doit ĂȘtre dĂ©versĂ©.

 

Si le lac oĂč sont destinĂ©s ces poissons est assez grand, l’hydravion y atterrira directement et les «boudins» de poissons seront Ă©ventrĂ©s les uns aprĂšs les autres directement sur les flotteurs pour libĂ©rer les truites au milieu du lac. Si le plan d’eau n’est accessible que par portage, l’hydravion se posera sur un lac assez grand Ă  proximitĂ©, les «boudins» de truites Ă©tant ensuite transportĂ©s Ă  dos d’homme, grĂące Ă  des havresacs, jusqu’à leur destination de libĂ©ration finale.

 

Si jamais vous frĂ©quentez un de ces lacs de pĂȘche l'Ă©tĂ© prochain, certaines de vos captures feront peut-ĂȘtre partie des poissons de la vidĂ©o qui accompagne cet article et racontent les pĂ©ripĂ©ties de relocalisation pour votre bon plaisir
 Pour y accĂ©der, cliquer sur l'image suivante :

 

 

 

 

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