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Attaqué par un ours en callant l'orignal
Attaqué par un ours en callant l'orignal
30/09/2009 | Par Louis Turbide

À chaque fois que j’apprends qu’une personne s’est fait attaquer par un ours, je me demande comment j’aurais rĂ©agi en pareille occasion. Lundi matin, j’ai eu rĂ©ponses Ă  mes interrogations mais j’ai aussi rĂ©alisĂ© Ă  quel point j’ai Ă©tĂ© chanceux d’ĂȘtre en situation de chasse lors de cet incident. Je vous raconte.

 

Je chasse prĂ©sentement l’orignal Ă  l’arbalĂšte en GaspĂ©sie et les signes confirmant la prĂ©sence d’ours dans notre secteur sont nombreux. Ayant dĂ©couvert une souille fraĂźche d’orignal, j’ai dĂ©cidĂ© d’amorcer une sĂ©ance d’appel directement Ă  cette souille. Il ventait passablement mais l’appel portait suffisamment si je faisais attention de caller entre deux bourrasques de vent. MalgrĂ© le vent et la pluie, le mĂąle nous a rĂ©pondu Ă  quelques reprises et le dĂ©fi semblait parti pour ĂȘtre intĂ©ressant. Soudainement, mon ami Simon et moi entendons un lĂ©ger craquement derriĂšre nous Ă  environ 150 pieds. Le bruit provient de petits sapins d’environ 7 pieds de hauteur. Tous nos sens sont en alerte mais nous sommes perplexes car cette bĂȘte avance silencieusement vers nous et aucun son d’orignal ne peut venir nous confirmer l’identitĂ© de l’animal qui vient Ă  notre rencontre. La bĂȘte est maintenant Ă  une cinquantaine de pieds de nous mais la forĂȘt est trop dense pour qu’on puisse la voir.  Soudainement, l’animal se met Ă  courir Ă  vie allure en notre direction. Simon voit une tache foncĂ©e passer Ă  travers les sapins et sur le coup, il pense que c’est un veau orignal qui vient rejoindre la femelle orignal qu’on imite depuis une bonne trentaine de minutes. Nos regards fixent l’endroit oĂč devrait sortir l’animal et Ă  notre grande surprise c’est un ours qui avance Ă  la vitesse de l’éclair droit sur nous. Notre arbalĂšte et notre arc sont aussitĂŽt pointĂ©s sur l’ours qui est rendu Ă  peine Ă  10 pieds. Celui-ci semble tout aussi surpris que nous de voir 2 chasseurs aussi prĂšs de lui. 

 

C’est un fait, les ours se gavent gĂ©nĂ©ralement en pĂ©riode estivale de fruits mais cet Ă©tĂ©, ce fut une saison trĂšs pauvre de ce cĂŽtĂ©. RĂ©sultat, les ours sont trĂšs affamĂ©s et ils s’attaquent Ă  tout ce qu’ils peuvent. C’est simplement une question de survie pour eux.

 

Nous ne le quittons pas des yeux. MalgrĂ© que nous puissions dĂ©cocher 2 flĂšches sur l’animal, nous dĂ©cidons de lui donner la chance de battre en retraite. Soudainement, il dĂ©cide de faire deux pas rapidement vers nous en grognant. Si nous ne lui tenons pas tĂȘte, il foncera sur nous assurĂ©ment. Une fuite rapide de notre part jumelĂ©e Ă  une chute et l’animal serait dĂ©jĂ  sur l’un de nous.  Je dĂ©cide alors de lui parler en haussant la voix sans faire de mouvement brusque et en le regardant droit dans les yeux. Je m’entends encore lui dire : Toi, sacre ton camp d’ici. Tu viendras pas nous Ă©coeurer pendant qu’on chasse l’orignal. Ne sachant trop quoi faire, l’ours bat en retraite et se sauve en claquant des dents, probablement insultĂ© d’avoir perdu un repas potentiel.  

 

Au dĂ©but de ce rĂ©cit, je dis que j’ai Ă©tĂ© chanceux que cette mĂ©saventure survienne en situation de chasse. C’est que je ne sais pas si ma rĂ©action aurait Ă©tĂ© identique si je n’avais pas eu d’arme ou si j’avais Ă©tĂ© seul lors de l’attaque. De plus, nous pouvons aussi nous considĂ©rer chanceux d’avoir Ă©tĂ© aux aguets du moindre bruit car l’arrivĂ©e de l’ours vers nous Ă©tait en fait Ă  peine perceptible pour quelqu’un n’étant pas Ă  l’écoute des moindres bruits et gestes.

 

Je me mets aussi Ă  penser que si j’avais Ă©tĂ© seul, la progression de cet ours vers moi aurait pu m’échapper et qu’il aurait pu m’attaquer de dos sans que je n’aie le temps de faire quoi que ce soit.  Je me suis posĂ© aussi une autre question quant Ă  cette attaque. Est-ce que les ours peuvent tenter d’attaquer une femelle orignal lorsqu’elle est en train de se rouler dans une souille ou lorsqu’elle est couchĂ©e dans la souille et qu’elle appelle sans cesse le mĂąle. En y pensant bien, elle devient une cible facile pour un ours car elle n’est pas debout et l’ours peut  viser le coup assez facilement. À moins que l’ours espĂ©rait que cette femelle soit accompagnĂ©e d’un veau un peu dĂ©laissĂ© par cette derniĂšre et automatiquement presque sans dĂ©fense. Quelle que soit la cible visĂ©e par cet ours, cet animal venait s’attaquer Ă  une proie qui aurait pu s’avĂ©rer moi ou mon compagnon de chasse. L’expĂ©rience fut assez saisissante et malgrĂ© qu’aucun de nous deux n’ait eu le moindrement peur, j’en garde un souvenir impĂ©rissable et je me mĂ©fie maintenant de la prĂ©sence de cet animal en callant l’orignal, ce qui ne fut jamais le cas auparavant.  En discutant avec des chasseurs arpentant des territoires voisins du nĂŽtre, je me suis rendu compte qu’un certain nombre de chasseurs connaissent des mĂ©saventures avec des ours en chassant l’orignal. Avec une densitĂ© importante d’ours, ne serait-il pas le temps de  permettre  Ă  nouveau une chasse automnale de cet animal dans des zones oĂč ces bĂȘtes  semblent fort nombreuses?

 

À ce sujet, voici le lien d’un communiquĂ© Ă©mis le 1e octobre dernier par la FĂ©dĂ©ration quĂ©bĂ©coise des chasseurs et pĂȘcheurs et qui va dans le sens de ce que de plus en plus de gens observent en forĂȘt.  CommuniquĂ© : ours noir : une chasse automnale doit ĂȘtre rĂ©instaurĂ©e.

 

        

 

Commentaires
Michel Lapointe | 01/10/2009

Effectivement cette annĂ©e il y a de plus en plus de signalement de prĂ©sence d'ours Ă  proximitĂ© des diverses rĂ©sidences la ou ils n'ont pas l'habitude d'aller. Un autre fait remarquable c'est que cette situation n'est pas localisĂ© en un seul endroit mais semble bel et bien ĂȘtre rependu Ă  la grandeur de la province. Il serait fort intĂ©ressant de savoir avec exactitude ce qui provoque de telle comportement et est-ce que le fait de commencer Ă  frĂ©quenter des territoires non habituel et d'avoir des comportements hors du commun crĂ©e un prĂ©cĂ©dent qui risque de se rĂ©pĂ©ter dans les annĂ©es a venir? À suivre...
JérÎme Pelletier | 13/10/2009
J'ai chassĂ© l'orignal Ă©galement dans ma GaspĂ©sie natale cette annĂ©e Ă  l'arbalĂšte et mĂȘme pas 5 minutes aprĂšs mes appels de femelles, un ours est sorti Ă  15 pieds Ă  cĂŽtĂ© de mon mirador. Il ne semblait pas nerveux mais me regardait du coin de l'oeil pas certain de ce qui se trouvait dans l'arbre. AprĂšs avoir bougĂ© un peu, il s'est enfui rapidement. Il n'Ă©tait pas trĂšs gros. J'ai pourtant remarquĂ© la prĂ©sence de nombreux arbres fruitiers bien remplis dans le secteur mais j'ai trouvĂ© bien curieuse son arrivĂ©e suite aux sons de femelles. Peut-ĂȘtre espĂ©rait-il justement un veau en compagnie de la femelle.
Louis Turbide | 14/10/2009
Salut JérÎme,

assez spécial de constater que nos appels intéressent les ours. Pourtant moi aussi, j'ai constaté que certains arbres étaient gorgés de fruits mais apparamment que les bleuts ont été rarescet que c'est ce qu'ils préfÚrent. Moi aussi, j'ai vraiment l'impression qu'il espérait voir un veau...
jacques bernier | 31/03/2010
on doit remettre la chasse l,automne a l'ours car c,est
rendu dangereux,car il y en a beaucoup trop.