Au pays de Gilles Vigneault, une destination de pĂȘche oĂč ombles de fontaine, ombles arctiques et ouananiches attendent avidement les offrandes des pĂȘcheurs.
En arrivant à Natashquan sur la basse CÎte-Nord, un touriste avait un jour dit au célÚbre résident Gilles Vigneault qu'il demeurait bien loin, ce à quoi le poÚte chansonnier avait répondu : «Loin de quoi?»
AprĂšs le long parcours en voiture pour atteindre ce village du bout de la route nord-cĂŽtiĂšre Ă partir de QuĂ©bec, je tendais moi aussi Ă penser comme le touriste en question. Mais ayant atteint la destination finale aprĂšs un «saut de crapaud» d'une demi-heure en hydravion et expĂ©rimentĂ© la qualitĂ© de pĂȘche du complexe du grand lac Musquaro, je comprenais beaucoup mieux la logique de la rĂ©ponse de Vigneault.
Comme une oasis
Typique de la basse CĂŽte-Nord, le panorama gĂ©nĂ©ral de l'arriĂšre-pays vu du haut des airs Ă©voque un mĂ©lange entre la taĂŻga et la toundra, celui-ci se transformant pour prĂ©senter un visage de micro-habitat de forĂȘt aux allures plus sudistes dans les vallĂ©es entourant les bassins des grands plans d'eau. Le grand complexe des lacs Musquaro et D'Auteuil, situĂ© Ă quelque 68 km Ă vol d'oiseau au nord-est de Natashquan et dont la pourvoirie du Club St-Laurent dĂ©tient des droits exclusifs de chasse et de pĂȘche, n'Ă©chappe pas Ă cette rĂšgle.
En dĂ©barquant de l'hydravion au quai de la pourvoirie, Ă peu prĂšs au milieu de la branche ouest du lac Musquaro, le contraste avec l'ariditĂ© gĂ©nĂ©rale du panorama nord-cĂŽtier se prolonge. Des installations soignĂ©es, d'allure accueillante et d'une propretĂ© irrĂ©prochable, constituĂ©es d'un ensemble de camps coquets tous reliĂ©s par de grands trottoirs de bois, ainsi que de rutilantes grandes embarcations sagement alignĂ©es Ă l'ancre face au vent Ă proximitĂ© du quai semblaient programmĂ©es pour nous souhaiter la bienvenue par des promesses de sĂ©jour agrĂ©able et de pĂȘche profitable.
Justement, les glaciĂšres de poisson cordĂ©es sur le quai, prĂȘtes Ă l'embarquement, et la bonne humeur des clients terminant leur sĂ©jour en disaient long et rendaient presque inutile la sempiternelle question des nouveaux arrivants Ă une pourvoirie : «Comment est la pĂȘche?» La chaleureuse rĂ©ception du personnel, avec en tĂȘte le chef guide Simon Marcoux, finit de nous convaincre que le long voyage pour accĂ©der Ă cette «oasis» en valait vraiment la peine.
D'ailleurs, j'Ă©tais le seul qui aurait peut-ĂȘtre encore pu profiter d'une certaine persuasion, car mes deux compagnons Robert Carpentier et Danny Pageau avaient dĂ©jĂ effectuĂ© ce voyage l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente et leur empressement Ă rĂ©cidiver Ă©tait Ă©loquent.
Plusieurs embouchures d'effluents procurent de belles occasions aux moucheurs. Ci-dessus, l'auteur aux prises avec une mouchetée combative.
Installations repensées
Une fois les camps assignĂ©s, nous pĂ»mes encore mieux apprĂ©cier les amĂ©nagements intĂ©rieurs spacieux et bien pensĂ©s, avec toutes les commoditĂ©s incluant Ă©lectricitĂ© (par gĂ©nĂ©ratrice), eau courante et eau chaude, salle de toilette et douche privĂ©es, avec poĂȘle au bois ou annexe au propane selon le cas. Nul besoin d'apporter un sac de couchage, la literie et les serviettes sont renouvelĂ©es par le personnel d'entretien avant l'arrivĂ©e des nouveaux clients. Le sĂ©jour Ă©tant en plan amĂ©ricain, nous n'avions qu'Ă nous rendre Ă la salle Ă dĂźner centrale via le grand trottoir de bois Ă lâheure des repas.
Les installations de la pourvoirie existaient dĂ©jĂ depuis plus de 50 ans quand un nouvel investisseur de Victoriaville s'en est portĂ© acquĂ©reur il y a quatre ans, mais de nombreuses rĂ©novations et amĂ©liorations importantes ont Ă©tĂ© effectuĂ©es depuis ce temps. Un des Ă©lĂ©ments que je trouve particuliĂšrement novateurs est quâon est en mesure dâhĂ©berger, de façon complĂštement privĂ©e, aussi bien des groupes de deux que de huit pĂȘcheurs (pour une capacitĂ© totale de 12 clients). Cela permet aux intĂ©ressĂ©s d'y organiser une excursion de pĂȘche sans devoir rĂ©unir un important groupe de compagnons.
GrĂące Ă un vaste nouvel entrepĂŽt bien Ă©quipĂ©, le personnel maintient tous les Ă©quipements (d'ailleurs pratiquement neufs) en parfait Ă©tat, tandis qu'une nouvelle cuisine moderne permet de prĂ©parer des repas d'excellente qualitĂ©. Ă l'arriĂšre des camps, un bĂątiment sert de glaciĂšre naturelle avec chambre froide attenante, et Ă l'avant s'Ă©tire un systĂšme anti-incendie avec boyau Ă proximitĂ© de chaque camp. Tout le personnel a suivi un cours en RCR et un dĂ©fibrilateur se trouve mĂȘme sur place, sans compter le service de tĂ©lĂ©phone satellite.
Le poids de certains ombles de fontaine capturés lors du voyage frisait les 2 lb (0,9 kg).
Les embarcations de 18 pi en fibre de verre ne sont pas en reste, avec leur vaste espace intĂ©rieur, leur double fond recouvert de tapis et leurs moteurs 4-temps de 40 Ă 60 ch. Elles sont aussi dotĂ©es de siĂšges rembourrĂ©s pivotants, le tout est d'une propretĂ© irrĂ©prochable et mĂȘme des vestes de flottaison attendent les occupants sur le dossier de leur siĂšge. Chaque duo de pĂȘcheurs jouit d'un guide avec sa propre embarcation, celui-ci disposant toujours dâune radio bidirectionnelle Ă bord.
En fin de compte, tout ce dont le client doit se soucier, c'est d'apporter son Ă©quipement de pĂȘche et vestimentaire, ce quâil prĂ©fĂšre boire ainsi qu'une glaciĂšre souple capable de loger sa limite de poissons nettoyĂ©s et mis en filets au moment du retour, avec le nombre de «ice-packs» appropriĂ© et en comptant l'ajout occasionnel de sacs de cubes de glace durant le long trajet.
La limite combinĂ©e d'ombles de fontaine (truites mouchetĂ©es) et d'ombles chevaliers («arctic char») est de 20 poissons, en plus d'une limite de 10 ouananiches. Selon ce que j'ai pu constater, il doit ĂȘtre rare qu'un pĂȘcheur ne revienne pas avec sa limite complĂšte, en plus d'avoir contribuĂ© quelques prises pour le «shore-lunch» quotidien.
Mon compagnon Robert Carpentier avec une ouananiche d'un peu plus de 1 1/2 lb, ce qui représente une bonne moyenne de taille de prises de cette espÚce.
Voyage Ă planifier
Un peu plus de 1000 km de route sĂ©parent la ville de QuĂ©bec du village de Natasquan. Ă cause des nombreux villages Ă traverser et des possibles travaux routiers, nous avions prĂ©vu un trajet dâenviron 14 heures, incluant un arrĂȘt pour se restaurer et un ou deux autres plus courts pour faire le plein.
Comme les dĂ©parts d'hydravion Ă partir de la base de Natashquan (le plan d'eau de l'hydrobase porte le nom Ă©vocateur de lac de l'Avion) s'effectuent Ă partir de 11 h, il nâĂ©tait guĂšre possible d'effectuer le trajet routier d'un seul trait Ă moins d'ĂȘtre parti la veille et d'avoir roulĂ© toute la nuit. Comme nous, la plupart des clients trouvent prĂ©fĂ©rable de prĂ©voir un coucher dans un endroit pas trop Ă©loignĂ© de la destination, par exemple Havre St-Pierre. Le lendemain matin, il ne reste quâenviron deux heures de route pour se rendre Ă l'hydrobase de Natashquan.
Si j'en juge par les recommandations de mes deux compagnons qui en étaient à leur deuxiÚme voyage, et aussi parce que nous y avons rencontré les autres clients en transit de la pourvoirie du lac Musquaro, l'HÎtel-Motel du Havre à Havre St-Pierre (info@hotelduhavre.ca) est l'endroit privilégié pour «couper» le voyage. Par ailleurs, le restaurant Chez Julie, juste à cÎté, me paraßt nettement à recommander pour quiconque aime les fruits de mer.
Il peut y avoir jusqu'Ă trois vols d'hydravion Beaver pour mener tous les clients Ă la pourvoirie, mais il est toujours possible de commencer Ă pĂȘcher l'aprĂšs-midi mĂȘme de l'arrivĂ©e. Le sĂ©jour comprend ensuite trois jours de pĂȘche complets, en plus d'une partie de l'avant-midi lors de la journĂ©e du retour. Le premier groupe Ă arriver sur place, qui commence donc Ă pĂȘcher avant les autres, est aussi le premier Ă quitter les lieux au moment du dĂ©part pour bien rĂ©partir le temps de pĂȘche.
Au retour, il est encore une fois prĂ©fĂ©rable de prĂ©voir un endroit oĂč coucher, comme Ă Sept-Ăles (environ 375 km de Natashquan) ou mĂȘme Ă Baie-Comeau, Ă peu prĂšs Ă mi-chemin vers QuĂ©bec.
Lors d'un voyage de début de saison à la pourvoirie du lac Musquaro, Jeannot Simard de Charlesbourg capturait ce magnifique omble arctique de plus de 4 1/2 lb. En général, les prises de ce poisson présentent le poids moyen le plus élevé des trois espÚces sportives présentes dans le lac Musquaro.
Habitat aquatique et espĂšces
Trois principales espÚces de salmonidés habitent dans ces grandes eaux, soit l'omble de fontaine, l'omble arctique «landlocké» et la ouananiche, et toutes les trois sont facilement accessibles. Bien sûr, si ce n'était de l'expérience et des connaissances du territoire des guides, on pourrait perdre un temps fou à tenter de trouver les bons coins dans cette immensité aquatique.
Souvent, les pĂȘcheurs ont tendance Ă croire que de si grandes Ă©tendues d'eau ne peuvent abriter que des «monstres» de poissons, ce qui n'est pas nĂ©cessairement le cas. En fait, les poissons prĂ©levĂ©s dans les lacs Musquaro ou D'Auteuil sont habituellement de taille plutĂŽt normale, avec bien sĂ»r la possibilitĂ© bien rĂ©elle de ferrer des prises de catĂ©gorie supĂ©rieure. Ce qui caractĂ©rise surtout l'endroit ce sont l'abondance, la frĂ©quence et la variĂ©tĂ© des prises.
Ă titre d'exemple, dans notre groupe de trois pĂȘcheurs, les deux plus grosses prises du voyage ont Ă©tĂ© un omble chevalier de 3 lb (1,36 kg) et un autre de 2 lb 9 oz (1,16 kg). Pour la truite mouchetĂ©e et la ouananiche, les plus grosses prises ont fait osciller la balance Ă 1 lb 9 oz (0,71 kg). Il ne s'agit pas lĂ de simples estimĂ©s, mais bien de pesĂ©es rĂ©elles avec une balance numĂ©rique. J'ai bien vu dans l'une des glaciĂšres des autres clients une ouananiche dont j'estimais le poids Ă 3 lb, et notre guide m'a confirmĂ© que la plus grosse ouananiche capturĂ©e depuis le dĂ©but de la saison 2009 (en date de la mi-juillet) faisait 3 1/2 lb (1,59 kg).
Pour le «shore-lunch», les filets de poisson en papillotes sont cuits sur feu de bois selon une technique spéciale de la maison. Les convives semblent à juste titre impatients de goûter le résultat.
Au cours de notre sĂ©jour de mi-Ă©tĂ©, la plupart de nos nombreuses prises de ouananiches pesaient en moyenne 3/4 Ă 1 lb (0,34 Ă 0,45 kg), mais mes deux compagnons qui avaient effectuĂ© leur voyage prĂ©cĂ©dent au dĂ©but de juin estiment que le poids moyen des ouananiches et des ombles chevaliers a tendance Ă ĂȘtre plus Ă©levĂ© en dĂ©but de saison. Quant aux truites mouchetĂ©es, nos prises moyennes avaient une longueur variant entre 11 et 14 po (28 et 36 cm), en plus de quelques-unes faisant osciller la balance Ă plus de 1 1/2 lb (0,68 kg) et de deux ou trois autres dont le poids frisait les 2 lb (0,90 kg).
Offrandes à privilégier
On me dit que les espĂšces de poisson-fourrage prĂ©sentes sont l'Ă©perlan arc-en-ciel, le cisco et l'Ă©pinoche, mais je serais portĂ© Ă croire que les populations des deux premiĂšres espĂšces de grande nage ne sont pas trĂšs denses, si j'en juge par la taille moyenne Ă©lancĂ©e et mince des ouananiches. D'un autre cĂŽtĂ©, une disponibilitĂ© de nourriture rĂ©duite incite les poissons prĂ©dateurs Ă plus sâintĂ©resser aux offrandes des pĂȘcheurs.
Une observation qui tend Ă appuyer ma supposition est que l'emploi de vers de terre comme appĂąts semble si attirant pour toutes les espĂšces, ne serait-ce qu'un petit bout pour agrĂ©menter l'hameçon d'une cuillĂšre. Sachant la prĂ©sence de poisson-fourrage, je me suis personnellement amusĂ© et jâai connu passablement de succĂšs en utilisant comme offrande une de ces petites imitations de poisson-appĂąt en plastique souple odorifĂ©rant Power Minnow Realistix incluses dans l'ensemble de leurres que Sentier CHASSE-PĂCHE offrait en prime d'abonnement au printemps 2009.
La mĂ©thode de pĂȘche traditionnelle et prĂ©fĂ©rĂ©e est encore ici la pĂȘche Ă la traĂźne avec une cuillĂšre ondulante suivie d'un bas de ligne avec hameçon appĂątĂ© d'un ver (il vaut mieux en apporter, mĂȘme si on pourrait vous dĂ©panner sur place). Certains pĂȘcheurs optent aussi pour la pĂȘche avec poisson-nageur, ou encore pour l'utilisation d'une canne Ă mouche avec un streamer comme offrande.
Dans la majoritĂ© des cas, il est question de pĂȘche Ă la traĂźne qu'on pourrait qualifier «de surface» puisque les types d'offrandes employĂ©s ne doivent guĂšre plonger plus creux que 10 pi (3 m). Cependant, Ă la mi-Ă©tĂ© les ombles chevaliers frĂ©quentent des eaux un peu plus profondes, et une des mĂ©thodes utilisĂ©es pour les tromper consiste simplement Ă dandiner une grosse cuillĂšre lourde avec petit bas de ligne agrĂ©mentĂ© d'un ver.
Comme on pourra le voir en consultant les relevĂ©s de tempĂ©rature d'eau plus loin dans ce texte, on n'a quand mĂȘme pas Ă descendre bien creux pour atteindre ces poissons qui prĂ©fĂšrent l'eau froide, mĂȘme Ă la mi-juillet. Pour les adeptes de lancer lĂ©ger ou Ă la mouche, mouchetĂ©es et ouananiches sont accessibles dans les cirĂ©s de sortie des nombreux effluents de cet immense complexe hydraulique.
La pouvoirie Le Club du lac Musquaro, une destination à découvrir.
Destination spécifique ou périple
AprĂšs que je lui eus parlĂ© de notre voyage, une autre de mes connaissances a dĂ©cidĂ© de cibler le lac Musquaro pour une partie de son voyage de vacances avec son Ă©pouse Ă la mi-aoĂ»t. Il a pris tout son temps pour visiter et profiter des attraits de la rĂ©gion nord-cĂŽtiĂšre Ă l'aller et consacrĂ© le milieu de son pĂ©riple au sĂ©jour de pĂȘche haut de gamme proposĂ© par la pourvoirie Club de chasse et pĂȘche St-Laurent. C'est une idĂ©e qui mĂ©rite certainement rĂ©flexion chez les intĂ©ressĂ©s.
Ă voir leurs visages Ă©panouis et leur bonne humeur tout le long du trajet de retour, ainsi que les nombreuses copies de photos-souvenirs qu'ils m'ont ensuite transfĂ©rĂ©es, je suppose aisĂ©ment que mes deux compagnons Robert et Danny ne se feraient pas «tordre» le bras bien longtemps avant dâenvisager un autre sĂ©jour au lac Musquaro. D'ailleurs, dans un cas pareil, je ne rĂ©sisterais probablement pas moi-mĂȘme Ă une telle torsionâŠ
Aperçu de température et transparence d'eau au lac Musquaro (13 juillet 2009)
Température Facteur lumineux
Surface 12,8 ÂșC (55 ÂșF) 22
5 pi 11,7 ÂșC (53 ÂșF) 22
10 pi 11,1 ÂșC (52 ÂșF) 19
15 pi 9,4 ÂșC (49 ÂșF) 12
20 pi 8,9 ÂșC (48 ÂșF) 8
25 pi 8,3 ÂșC (47 ÂșF) 5
30 pi 7,8 ÂșC (46 ÂșF) 3
35 pi 7,8 ÂșC (46 ÂșF) 2
40 pi 7,8 ÂșC (46 ÂșF) 0
FICHE TECHNIQUE
(Le Club du lac Musquaro inc.)/
Club de chasse et pĂȘche St-Laurent inc.
C.P. 400, Victoriaville, Qc
G6P 6T2
Tél.: (819) 758-0444
Site Web : http://www.musquaro.com
Courriel : st-laurent@musquaro.com
Saison de pĂȘche : du dĂ©but juin au dĂ©but de septembre
Zone de chasse et pĂȘche : 19
Tarifs (plan américain) :
275 $/jour/personne, plus 250 $/pers. pour le transport aĂ©rien aller-retour Natashquan â lac Musquaro (taxes en sus).