Aller chasser l’orignal par la voie des airs est une option très intéressante pour ceux cherchant un territoire giboyeux et tranquille.
Située au sud du chemin de Clova, à mi-chemin entre ce patelin et la municipalité de Parent, la pourvoirie Jesmer constitue un immense terrain de jeu, et ce autant pour les amateurs de chasse que de pêche. De plus, caractéristique fort intéressante, malgré la convoitise des compagnies forestières, les responsables de l’entreprise mère, Air Mont-Laurier, ont réussi le tour de force de conserver le cachet sauvage et inaccessible de leurs territoires exclusifs.
Quelques coupes forestières ont été effectuées dans la portion sud de la pourvoirie, mais cela a été fait avec soin en termes de superficie et de préservation de la régénération et du couvert résiduel. L’essentiel du territoire est donc demeuré recouvert d’une belle forêt mixte naturelle convenant parfaitement aux besoins des orignaux. C’est d’ailleurs avec l’objectif de récolter un de ces grands cervidés que j’ai pris la route de cette pourvoirie l’an dernier.
Depuis l’acquisition des hydravions de la compagnie Cargair, la flotte d’appareils d’Air Mont-Laurier compte pas moins de huit appareils. Sur la photo on peut admirer le gros Otter dans lequel nous avons pris place lors du reportage. Tous les avions, sans exception, sont dans un état irréprochable et les responsables en font même leur marque de commerce.
J’aurais également pu dire «prendre les airs» vers la pourvoirie, car notre balade en véhicule a été de courte durée et s’est arrêtée à Rivière Rouge (Ste-Véronique) dans les Laurentides, site de l’hydrobase du transporteur aérien Air-Mont-Laurier. Celui-ci possède non seulement le terriroire Jesmer, mais aussi les pourvoiries Tibériade, Les As de Parent, Lac du Mâle et plus récemment Cargair.
Le trajet de Montréal à Rivière-Rouge a pris environ une heure trente, plus 45 minutes de vol jusqu’au site de chasse du lac Treb. La balade en hydravion fut fort plaisante et presque trop courte par cette belle journée ensoleillée qui offrait un panorama automnal à couper le souffle. Atteindre un aussi beau territoire de chasse si reculé en moins de deux heures et demie, et ce sans risquer de briser son véhicule, constitue vraiment un des avantages à considérer lorsqu’on jongle avec l’idée de faire affaire avec un transporteur aérien.
Une vue aérienne du magnifique site du lac Treb qui nous a servi
de pied-à -terre durant notre séjour de chasse.
Pour les besoins du reportage, j’étais accompagné de mon bon ami Daniel, ainsi que d’une bonne portion de la famille Ouellet, pilotes de père en fils. En effet, outre Lenny et Jessie avec qui nous avons eu beaucoup de plaisir à chasser, Norman Ouellet lui-même nous a fait l’honneur de sa présence.
Ses fonctions de dirigeant de l’entreprise et de président de la Fédération des pourvoyeurs du Québec font de Norman un homme extrêmement occupé pour qui le temps est toujours une denrée très précieuse. D’ailleurs, ses fils sont partie prenante de ce véritable feu roulant ininterrompu où les journées de 12 heures et plus de travail sont beaucoup plus la norme que l’exception. Selon le «boss» lui-même, cette semaine de chasse allait être l’occasion pour lui et ses fils de faire une pause et de s’offrir un peu de bon temps dans cette nature qu’ils respectent tant.
Un territoire de chasse atypique
Dans la très grande majorité des territoires disponibles pour chasser l’orignal, on vous dépose sur un lac où vous pourrez jouir de la paix la plus totale durant une semaine complète, puisque aucun chemin ne mène à votre camp ou à votre territoire et que vous disposez d’un secteur tout à fait exclusif. Il s’agit alors d’une chasse traditionnelle où les déplacements entre les différents sites s’effectuent à pied ou par voie d’eau. Plusieurs caches sont déjà installées aux endroits stratégiques de passage habituel des orignaux, la plupart du temps en bordure des lacs ou des zones marécageuses.
Si je le qualifie d’«atypique», c’est que le territoire qui nous avait été assigné était un des rares où les chasseurs ont accès à des zones de coupes forestières plus ou moins récentes. Nous avions donc deux options, soit chasser de manière plus traditionnelle en bordure des plans d’eau dans une des caches disponibles, ou aller explorer les bûchés à l’arrière du camp. Connaissant l’attrait des orignaux pour la nourriture qui s’y trouve, mon ami Daniel et moi avons décidé de débuter notre séjour en prospectant des chemins forestiers bordant les zones de coupe.
Nous avons rapidement repéré plusieurs orignaux, grâce à des souilles, frottages et traces très éloquentes. Toutefois, après quelques jours de chasse près de ces indices, il devenait de plus en plus évident que les orignaux étaient davantage en mode alimentation qu’en mode déplacement.
S’ils ne viennent pas à vous…
À l’heure du lunch de la quatrième journée de chasse, Daniel et moi commencions à nous demander si nous aurions du succès. Les signes de déplacement récents étaient peu nombreux et le besoin de provoquer quelque chose devenait impératif. Une analyse fine des quelques traces fraîches aperçues au cours des derniers jours nous indiquèrent presque à coup sûr que des bêtes se trouvaient dans une coupe forestière de quelques années. D’un commun accord, nous avons convenu de diriger nos efforts à cet endroit.
Même si, durant le séjour de l’auteur à la mi-octobre, les orignaux semblaient peu intéressés par l’appel de la femelle en chaleur, d’autres groupes chassant durant la même période dans d’autres secteurs ont connu beaucoup de succès avec cette approche, comme en témoigne le gros mâle récolté par André Patenaude de Dunham et André D’Amour de Farnham.
Du bas de la montagne, la vue des gaulis inextricables n’incitait guère à aller prospecter plus haut. Avant de m’enfoncer dans cette jungle quasi impénétrable, je dois avouer avoir presque baissé les bras tellement le sous-bois était sale. Mais Daniel me remit sur le droit chemin en me rappelant qu’il fallait au moins faire l’effort d’aller jeter un coup d’œil. J’en convins et, en prenant mon courage à deux mains j’entrepris la montée et mon partenaire emboîta le pas.
La première partie de la progression fut effectivement ardue, tout en ne procurant pratiquement aucune visibilité valable, mais en atteignant le premier plateau nous eûmes la surprise de constater que l’habitat s’améliorait. De nouveaux indices de présence récents (couches, crottin, brouts) apparaissaient à chacun de nos pas et le couvert devenait graduellement plus clairsemé.
Devant ces nouveaux indices très prometteurs, ma confiance d’apercevoir une bête monta de plusieurs crans et je sortis mon bois d’orignal de mon sac. Mon objectif était simple, me déplacer lentement de manière à imiter la progression d’un orignal mâle. Je pris donc la direction de la bordure entre le bois mature et la coupe forestière alors que Daniel allait marcher plus bas.
À peine quelques minutes plus tard, après avoir débuté mon subterfuge, j’entends clairement le bruit non équivoque d’une grosse bête qui s’enfuit. Le tout se déroule hors de mon champ de vision, mais à une distance de moins de 100 m. L’animal ne s’arrête pas très loin, car le bruit de pas ne dure que quelques secondes, et il m’observe sans l’ombre d’un doute. Sans hésiter, je continue à avancer en imitant un mâle qui frotte ses bois sur les arbustes, en lançant occasionnellement quelques «wouf» typiques des bucks. Cependant, plutôt que de me diriger directement vers la bête, je bifurque vers la gauche en effectuant une boucle pour m’approcher progressivement.
Le stratagème semble fonctionner, puisque l’orignal demeure de glace même si la distance entre nous diminue. En m’arrêtant pour scruter le sous-bois et tenter d’apercevoir le fruit de mes labeurs, je découvre des taches noires qui détalent vers le sommet de la montagne. Je dis bien des taches, car j’ai la nette impression qu’il y a non pas un, mais bien deux orignaux.
Encore une fois le bruit est de courte durée, ce qui m’indique que les bêtes doutent encore de l’identité de leur poursuivant. Puisque j’ai commencé en imitant un mâle, je me dis qu’il vaut mieux ne pas changer de stratégie. Les orignaux ne semblent pas très intéressés par mon imitation de buck, mais plutôt intrigués par la présence d’un intrus. Je poursuis le même manège, en me dirigeant de biais par rapport à la position supposée de mes proies. Nous sommes maintenant dans la forêt mature et mon champ de vision se décuple soudainement. Après avoir parcouru environ 50 m, je sens que je touche au but.
Au moment même où je commence à frotter mon bois doucement sur un petit arbre, un orignal prend la fuite complètement à ma droite et en direction du sommet. Je m’élance vers un petit plateau devant moi où je devrais obtenir un meilleur angle de vision. Rendu là , je regarde intensément dans la direction de fuite de la bête.
La voilà ! J’aperçois clairement la moitié avant de l’orignal parfaitement de côté, et la tête orientée dans ma direction. Il s’agit d’une énorme femelle. Bien que le réticule de ma lunette soit déjà en place tout juste derrière son épaule, j’hésite un instant avant de faire feu. Non pas qu’il s’agisse d’une femelle, mais je réalise que je suis en pleine forêt à bonne distance du chemin le plus proche…
Je me ressaisis rapidement, en me disant qu’on trouvera bien une façon de sortir la bête de la forêt. Après l’unique coup de feu, la grosse tache noire s’évapore comme si elle n’avait jamais existé. Pendant un bref instant seul un bruit de feuilles me parvient de la direction du coup de feu, puis plus rien. Sûr de mon tir, j’attends à peine une trentaine de secondes avant d’annoncer la bonne nouvelle à Daniel. Je l’avise que je vais trouver où la bête a rendu l’âme et le rappeler sitôt celle-ci repérée.
L’orignal se trouvant à moins de 50 m au moment du tir, je n’ai pas une grande distance à parcourir. J’approche de l’endroit où devait se tenir la bête, à peine quelques pas m’en séparent, et soudain mon sang se glace en entendant un orignal se sauver vers le sommet de la montagne!
Aurais-je manqué mon tir? La bête est-elle seulement blessée? Autant de questions qui se précipitent dans ma tête. Pourtant je suis certain que mon tir a bien porté. Je prends une minute pour me calmer tout en observant le sol devant moi. J’examine les traces. Il y en a des fraîches, et elles ne se dirigent pas vers le haut mais bien vers le bas. Je lève la tête et je ressens tout un soulagement en apercevant l’animal bien mort, une vingtaine de mètre plus bas. La radio retentit et le «Yes sir!» traditionnel résonne dans toute la montagne.
Après coup, je crois que cette grosse femelle n’avait que faire du mâle entreprenant que je m’évertuais à imiter, mais je demeure persuadé qu’une approche traditionnelle du genre chasse fine ne m’aurait probablement jamais permis d’obtenir une chance raisonnable de tir sur ces bêtes en fuite.
L’auteur et son partenaire de chasse Daniel Hatin posant avec la grosse femelle récoltée en bordure d’une coupe forestière récente.
Deux territoires pour la chasse à l’orignal
Outre Jesmer, Air Mont-Laurier propose aussi de la chasse à l’orignal en territoire exclusif à sa pourvoirie Tibériade. Les deux territoires jumelés couvrent une superficie de plus de xx km2 et on y trouve pas moins de 30 zones de chasse avec camps prévus pour un séjour en plan européen. La chasse se prolonge durant trois semaines (fin septembre à mi-octobre) et les prix décroissent avec l’avancement de la saison. Les chasseurs à l’œuvre durant la dernière semaine paient moins cher tout en bénéficiant de très bonnes conditions.
Lors de notre séjour à la mi-octobre, le taux de succès a été excellent et plusieurs orignaux ont été récoltés, dont quelques beaux mâles. Même si, de notre côté, l’appel semblait vraiment de peu d’intérêt pour les orignaux puisque le pic du rut était chose du passé, d’autres groupes ont assuré avoir réussi leur chasse de cette façon. C’est donc dire qu’on a beau avoir les meilleures théories sur le «call» et la période du rut, il ne faut jamais oublier que la nature se compose d’animaux aux comportements très variés et qu’il ne faut pas hésiter à faire preuve de polyvalence dans ses approches.
Autre élément fort intéressant à considérer, ceux qui aiment chasser l’orignal en petit groupe de deux chasseurs ont tout le loisir de voir leur vœu exaucé en faisant affaire avec Air Mont-Laurier. En effet, que l’on soit deux ou quatre chasseurs, le quota demeure un orignal par groupe. Évidemment le prix est un peu plus élevé pour seulement deux chasseurs, mais la différence est tellement peu importante qu’il ne vaut pas la peine de s’en passer.
Jesse, Lenny et Norman Ouellet s’apprêtant à portager un premier quartier hors de la forêt.
Beaucoup d’orignaux
Au retour, par la voie des airs évidemment, notre pilote Jessie nous a proposé d’effectuer quelques survols de notre territoire de chasse des derniers jours, histoire de vérifier si nous pourrions apercevoir quelques autres orignaux. Eh bien croyez-le ou non, nos passages au-dessus de secteurs propices nous ont permis d’en repérer pas moins de huit, soit un grand mâle, quatre femelles et trois veaux. Si on ajoute la bête récoltée et celle qui l’accompagnait, on arrive à dix orignaux uniquement dans la portion sud du territoire qui nous était alloué. La densité semblait donc excellente et nous avons eu la preuve que ce n’est pas parce qu’on ne voit pas beaucoup de traces fraîches qu’il n’y a pas d’orignaux.
Le mot de la fin
En résumé, nous avons passé une semaine tout simplement parfaite. Un gros merci à Jessie, Lenny et Norman pour leur accueil et surtout pour leur bonne humeur contagieuse. Même si au départ nous ne nous connaissions pas, nous avons rapidement réussi à former un groupe de chasse efficace travaillant de concert pour atteindre l’objectif ultime.
Ceux qui sont à la recherche d’un bon territoire de chasse loin de la cohue devraient sûrement donner un coup de fil à la famille Ouellet. Elle se fera un plaisir de vous conseiller la meilleure option possible répondant à vos besoins et à votre budget. Contrairement à ce que je croyais, avec Air Mont-Laurier chasser l’orignal par la voie des airs devient plus qu’une possibilité, mais bien une option à considérer en priorité pour les vrais amateurs de chasse et de tranquillité.
Fiche technique
La Pourvoirie Air Mont-Laurier Ltée
1788 boul. F. Lafontaine
Rivière-Rouge (Sainte-Véronique)
Québec J0T 1T0
Téléphone : 819 275-2794
1 877 875-2794 (sans frais)
Télécopieur : 819 275-3991
Courriel : info@airmontlaurier.com
Site Web : www.airmontlaurier.com
REPORTAGE VIDÉO À LA POURVOIRIE AIR-MONT-LAURIER