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Systèmes de blocage de culasse-3- Culasses rotatives et à fermeture en deux temps
Systèmes de blocage de culasse-3- Culasses rotatives et à fermeture en deux temps
22/01/2013 | Par Jeannot Ruel

Ce troisième et dernier volet s’attache à l’explication des principes modernes de verrouillage de culasse d’armes à feu, en démontrant comment la résistance de ces dernières a été augmentée et en relatant les circonstances dans lesquelles elles ont été conçues.

 

 

Avant que les premi√®res armes √† m√©canisme lin√©aire (√† pompe et semi-automatiques) puissent faire leur apparition, il a fallu trouver des moyens pour assurer un solide blocage de la culasse pendant la fraction de seconde de mise √† feu (moment du pic de pression in­terne), tout en permettant un d√©gagement rapide pour l'actionnement du m√©canisme √† r√©p√©tition.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Systèmes à inertie

Seul un petit calibre √† faible pression, comme la .22 √† percussion lat√©rale, peut se fier uni­quement au poids d‚Äôinertie de la culasse pour contrer ce moment de pic de pression, car un calibre plus puissant projetterait la culasse vers l'arri√®re avec une force beaucoup trop grande. C‚Äôest ainsi qu'on retrouve des armes semi-automatiques de calibre .22 fonction­nant par simple inertie de la culasse (syst√®me dit blowback). Le poids de cette derni√®re est tout juste suffisant pour contrer la pression pendant la fraction de seconde de mise √† feu et de propulsion du projectile, tout en per­mettant d'utiliser le l√©ger surplus de pression pour projeter la culasse vers l'arri√®re en com­pressant son ressort de retour et en assurant le fonctionnement √©quilibr√© de son m√©ca­nisme de chargement semi-automatique.

Lorsqu'il s‚Äôest agi de faire fonctionner des armes de calibre √† plus forte pression (comme les fusils, et √† plus forte raison les carabines de gros calibre), il a fallu trouver d'au­tres m√©thodes de blocage de culasse. Le g√©­nial John Browning a r√©ussi, d√®s le d√©but du 20e si√®cle, √† concevoir un fusil semi-automati­que √† culasse fonctionnant par inertie en cr√©ant son fameux mod√®le Auto-5. Celui-ci utilisait les poids d'inertie combin√©s de la cu­lasse et du canon pour contrer la pression de mise √† feu, ces deux √©l√©ments demeurant temporairement solidaires en √©tant simulta­n√©ment pouss√©s vers l'arri√®re aussit√īt apr√®s le coup. En fin de course arri√®re, le canon √©tait repouss√© vers l'avant alors que la culasse res­tait bloqu√©e √† l'arri√®re, le temps d'√©jecter la cartouche vide et d'en accepter une nouvelle du magasin. Finalement la culasse √©tait √† son tour repouss√©e vers l'avant pour effectuer le chargement et la fermeture du m√©canisme.

Action en deux temps

Avec d'autres syst√®mes de m√©canismes √† mouvement lin√©aire, on a trouv√© d'ing√©nieux moyens d'assurer un solide blocage momen­tan√© de la culasse tout en procurant un d√©­sengagement rapide pour permettre le mou­vement de r√©p√©tition de chargement. L‚Äôun de ceux qui illustrent bien cette ing√©niosit√© d'ac­tion en deux temps est le m√©canisme du fusil √† pompe Remington mod√®le 31, anc√™tre du pr√©sent mod√®le 870 de la m√™me compagnie.

En plus de la culasse proprement dite, ce syst√®me comportait un chariot inf√©rieur s√©­par√©. En position ferm√©e, la partie sup√©rieure arri√®re de la culasse se trouvait solidement coinc√©e contre un √©paulement dans le ¬ępla­fond¬Ľ du bo√ģtier, maintenue dans cette posi­tion relev√©e par son ¬ętalon¬Ľ grimp√© sur la par­tie arri√®re sur√©lev√©e du chariot (dessin 1A). Au premier mouvement arri√®re de la coulisse, seul le cha­riot qui y √©tait directement rattach√© se d√©pla­√ßait sur une courte distance, ceci permettant au talon de la culasse de descendre dans le recreux central du chariot, du m√™me coup d√©gageant celle-ci de l'√©paulement du bo√ģ­tier (dessin 1B). D√®s lors, la griffe du talon de culasse se trouvait engag√©e dans celle du chariot, et la continuit√© du mouvement de coulisse per­mettait au chariot d'entra√ģner la culasse dans son mouvement arri√®re, armant le chien au passage et effectuant l'extraction et l'√©jection de la cartouche vide.

Lors du mouvement de retour de la cou­lisse, la culasse entra√ģn√©e par le chariot pous­sait une cartouche dans la chambre, sa face venant plaquer le culot de la cartouche. √Ä ce moment, le chariot continuait sa course avant sur une courte distance, for√ßant la mont√©e du talon de culasse sur sa partie sur­√©lev√©e et provoquant le coincement de la partie sup√©rieure arri√®re de cette culasse con­tre l'√©paulement du bo√ģtier.

Culasse à verrou à appui arrière

On a aussi utilis√© le principe du blocage de culasse par appui arri√®re pour certains anciens m√©canismes √† verrou, dont le plus connu est sans doute celui de la carabine militaire Lee Enfield employ√©e par l'arm√©e canadienne pendant les deux grandes guer­res et qui, √† cause de sa disponibilit√© de sur­plus √† faible co√Ľt, s'est retrouv√©e √† un mo­ment ou un autre comme carabine de chasse dans les mains de plusieurs nemrods de chez nous.

Ce m√©canisme utilise aussi un point d'ap­pui sur un √©paulement du bo√ģtier de culasse, mais il se situe sur le c√īt√© du bo√ģtier plut√īt que dans sa partie sup√©rieure. Le corps de la culasse mobile porte un long rail int√©gral dont l'extr√©mit√© arri√®re vient glisser et se blo­quer contre l'avant de l'√©paulement lat√©ral du bo√ģtier lors de la fermeture par abaissement de la poign√©e du verrou. Pour l'ouverture, la poign√©e du verrou est remont√©e vers le haut, d√©gageant le rail de son point d'appui contre l'√©paulement du bo√ģtier et permettant √† la cu­lasse d'√™tre tir√©e vers l'arri√™re pour l'extrac­tion de la cartouche vide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce syst√®me requiert cependant un long espace entre le point de pression sur la face de la culasse et le point d'appui de r√©sistance √† l'arri√®re du rail, ce qui laisse place √† une pos­sibilit√© de torsion du corps de culasse par une √©ventuelle forte pression intense. Pour cette rai­son, un tel syst√®me ne peut convenir qu'√† des cartouches √† pression mod√©r√©e, comme le .303 British. De plus, l'usure cons√©cutive √† une utilisation militaire intensive peut en­tra√ģner du jeu au point d'appui, ce qui r√©sulte­rait en une dangereuse situation d'espace­ment frontal excessif entre la face de la culasse et le culot de la cartouche. C'est la rai­son pour laquelle on recommande de faire v√©rifier l'espacement frontal d'une telle arme de surplus militaire par un armurier comp√©­tent avant de l'utiliser √† des fins sportives.

Culasse à tenons de tête

C'est √† deux g√©nies allemands, Peter Paul et Wilhelm Mauser, que revient l'immense m√©­rite d'avoir mis au point un concept de cara­bine √† verrou r√©volutionnaire. Apr√®s la pro­duction du premier mod√®le √† un coup Mauser 1871, l'arm√©e allemande adopta offi­ciellement comme armes militaires toute une s√©rie de versions subs√©quentes √† r√©p√©tition, jusqu'au fameux mod√®le Mauser 1898.

La t√™te de la culasse mobile de cette arme portait de solides tenons qui venaient s'em­bo√ģter dans des mortaises de l'entr√©e de chambre lors de la fermeture. Ceci r√©sultait en une tr√®s grande solidit√©, gr√Ęce √† la courte dis­tance entre le point de pression contre la face de la culasse et le point d'appui de r√©sistance au niveau des tenons de t√™te. Apr√®s la Pre­mi√®re Guerre mondiale, lorsqu'on permit √† l'Allemagne de produire des armes sportives, la firme Mauser Werke de Oberndorf mit en march√© des versions sportives du mod√®le 98. Le concept de cette arme √©tait tellement r√©­volutionnaire qu'il transcende directement toutes les carabines √† verrou d'aujourd'hui, of­frant toute la r√©sistance pour convenir √† l'utili­sation des plus puissants calibres modernes.

Lorsqu'on rel√®ve le verrou d'une carabine de ce type, on imprime une rotation partielle de la culasse qui d√©sengage les tenons de t√™te des mortaises de l'entr√©e de chambre, alignant ces tenons avec des rainures de sor­tie. En m√™me temps, une encoche √† la base de la poign√©e du verrou agit √† la fa√ßon d'une came pour pousser la queue du percuteur vers l'arri√®re et armer ce dernier d√®s l‚Äôouverture (au lieu de le faire lors de la pouss√©e avant de la culasse comme sur la Lee Enfield). D√®s lors, la tir√©e du verrou vers l'arri√®re per­met √† la culasse d'effectuer l'extraction et l'√©jection de la cartouche vide, la pression vers le haut du ressort du bo√ģtier-magasin √©levant une nouvelle cartouche en position pour le chargement (dessin 3A).

En poussant le verrou vers l'avant, la cu­lasse introduit la cartouche dans la chambre. En fin de course, les tenons de t√™te de la cu­lasse se pr√©sentent au niveau des rainures d'entr√©e des mortaises du bo√ģtier (dessin 3B), et ce n'est que lorsque la face de culasse est bien pla­qu√©e contre le culot de la cartouche qu'il est possible de rabattre la poign√©e du verrou vers le bas. La rotation ainsi imprim√©e √† la cu­lasse engage alors les tenons solidement √† l'int√©rieur des mortaises d'entr√©e de chambre (dessin 3C).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tête de culasse à rotation automatique

Le concept de verrouillage de culasse par te­nons et mortaises offre une telle solidit√© et une telle fiabilit√© qu'il a aussi √©t√© mis √† contri­bution dans d'autres types de m√©canismes que celui √† verrou. La principale difficult√© √† la­quelle on a alors d√Ľ faire face √©tait la sui­vante : ne disposant pas d'un verrou manuel pour effectuer la rotation n√©cessaire de la cu­lasse, on a d√Ľ imaginer un dispositif provo­quant automatiquement cette rotation lors du seul mouvement lin√©aire du m√©canisme.

Aujourd'hui, plusieurs fusils et carabines √† pompe et semi-automatiques utilisent ce concept d'une t√™te rotative actionn√©e √† l'int√©­rieur d'un corps de culasse creux. Outre cel­les mentionn√©es dans le deuxi√®me article de cette s√©rie, la seule autre carabine √† levier disponible aujourd'hui et qui est ca­pable d'accepter des munitions de haute in­tensit√© allant jusqu'aux calibres magnums est la Browning BLR, qui comporte un tel con­cept de t√™te de culasse rotative.

On se souviendra que la solidit√© de ver­rouillage de toutes les autres carabines √† le­vier est bas√©e sur un point d'appui √† l'arri√®re de la culasse. Cela convient pour les muni­tions d'intensit√© moyenne et √† action courte, car plus une culasse √† point d'appui arri√®re est longue, plus la possibilit√© de torsion par la pression de mise √† feu est grande. Ainsi, lorsqu'il s'est agi de contrer les hautes pres­sions des calibres de carabines modernes, on a d√Ľ recourir au principe de verrouillage de culasse par la t√™te, et c'est ce qu'ont fait les concepteurs de la Browning BLR.

Ce syst√®me de verrouillage de culasse fonctionne un peu √† la mani√®re d'un boulon qui vient s'engager dans les filets d'un √©crou. Le tout repose sur le concept d'une t√™te rotative partiellement filet√©e, dont la tige ar­ri√®re est ins√©r√©e √† l'int√©rieur d'un corps de culasse creux, et de la pr√©sence de filets par­tiels assortis √† l'entr√©e de chambre du ca­non; dans les deux cas, ces portions de filets sont entrecoup√©es de portions lisses. De son c√īt√©, le corps de culasse comporte une cheville fixe sur laquelle vient coulisser une rainure h√©lico√Įdale taill√©e dans la tige de la t√™te rotative.

Lorsque le m√©canisme est ouvert, un res­sort maintient la t√™te rotative ressortie √† l'avant du corps de culasse (dessin 4A). Lorsqu'on ferme le m√©canisme, la t√™te rotative se pr√©sente avec ses portions filet√©es faisant face aux portions lisses des filets d'entr√©e de cham­bre (dessin 4B). Elle peut ainsi effectuer son entr√©e √† fond pour venir plaquer sa face contre le cu­lot de la cartouche. √Ä ce stade, la t√™te rotative ne peut plus avancer, mais le corps de cu­lasse peut continuer son mouvement sur une courte distance en comprimant le res­sort interne. En m√™me temps, la rainure h√©li­co√Įdale de la tige de la t√™te coulisse sur la cheville fixe du corps, for√ßant cette derni√®re √† effectuer une rotation partielle et √† enga­ger ses filets dans ceux de l'entr√©e de cham­bre (dessin 4C).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

√Ä l'ouverture du m√©canisme, l'inverse se produit : pendant que la t√™te de culasse reste plaqu√©e contre le culot de la cartouche, le corps effectue le premier mouvement arri√®re, le coulissement de la rainure h√©lico√Įdale sur la cheville provoquant la rotation invers√©e de la t√™te et d√©gageant les filets. Aussit√īt apr√®s, les deux portions de culasse peuvent continuer librement leur mouvement arri√®re pour √©jec­ter la cartouche vide et en pr√©parer une nou­velle pour la mise en chambre.

Conclusion

Bien qu'√©videmment incompl√®te, cette s√©rie repr√©sente quand m√™me un passage en re­vue des principaux concepts de verrouillage de culasses. J'esp√®re que ces lignes auront au moins permis de mieux appr√©cier l'impor­tance que leurs principes repr√©sentent sous l'aspect s√©curit√© d'utilisation des armes √† feu, et aussi de prendre conscience de l'incom­mensurable contribution des ing√©nieux concepteurs du pass√© √† nos activit√©s moder­nes de chasse, tout en prodiguant une agr√©a­ble lecture sur les faits historiques qui ont men√© √† ces r√©alisations. 

 

 

 

 

 

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