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Systèmes de blocage de culasse- 1-Bascules et blocs coulissants
Systèmes de blocage de culasse- 1-Bascules et blocs coulissants
25/12/2012 | Par Jeannot Ruel

Lorsqu‚Äôon tire avec une arme √† feu, une √©norme pression de plusieurs milliers de livres au pouce carr√© se d√©veloppe dans la chambre. Voici comment les armes de diff√©rentes conceptions arrivent √† m√Ęter ces forces.

 

Du temps o√Ļ les seules armes disponibles √©taient du type √† chargement par la bou­che, on n'avait gu√®re √† se pr√©occuper de la solidit√© de fermeture de la culasse, puisque celle-ci √©tait assur√©e par une ob­turation permanente de l'ar­ri√®re du canon. Cependant, √† l'av√®nement de la cartouche contenant toutes les com­posantes de charge, il fallut bien trouver une fa√ßon d'ouvrir l'arri√®re de la chambre des armes pour permettre d'y introduire la fameuse cartouche. Bien que nous tenions maintenant pour acquise la m√©thode de chargement par la culasse, on a peine √† imaginer les difficult√©s dont h√©rit√®rent les concepteurs d'armes lors de l'invention de la cartouche.

 

Il fallut d'abord mettre au point un sys­t√®me qui permette d'ouvrir l'acc√®s √† la chambre. Puis, apr√®s introduction de la cartouche, il fallait surtout que ce m√©ca­nisme assure une fermeture de tr√®s grande solidit√© et √† faible tol√©rance de jeu. √Ä la mise √† feu, l'appui de la culasse devait pou­voir r√©sister et contrer l‚Äô√©norme pression interne.

 

De plus, si cet appui de la culasse pr√©­sentait le moindrement de jeu, la douille de la cartouche risquait de se briser en prenant l'expansion pour combler ce jeu. Aujourd'hui, on reconna√ģt cette situation de jeu entre le culot de la cartouche et la face de la culasse sous le nom d'espace­ment frontal excessif (excessive headspace), et on sait qu'il s'agit d'une situation tr√®s dangereuse o√Ļ une partie des gaz s'√©chap­pant de la douille bris√©e chercherait √† se diriger vers l'arri√®re, vers le visage du tireur.  

 

À bloc pivotant

 

Dans la deuxi√®me moiti√© du 19e si√®cle, lorsqu'il devint √©vident que le syst√®me de chargement par la chambre √©tait des­tin√© √† remplacer d√©finitivement celui √† chargement par la bouche, les autorit√©s militaires de plusieurs pays cherch√®rent des moyens de reconvertir les nombreu­ses armes existantes qu'ils avaient d√©j√† sur les bras. La tendance g√©n√©rale de conver­sion consistait √† d√©couper l'arri√®re du ca­non et √† y ajouter un bloc de culasse √† charni√®re pouvant √™tre bascul√© pour per­mettre l'indroduction d'une cartouche dans la chambre, puis referm√© et verrouill√© pour permettre le tir en toute s√©curit√©. Deux des syst√®mes de conversion les plus populaires furent ceux de Erskine Allins et de Jacob Snider.

Le syst√®me de Allins comportait un bloc de culasse pivotant verticalement et il fut adopt√© officiellement par l'arm√©e am√©­ricaine en 1865; l'arme militaire qui en r√©­sulta fut connue sous le nom de¬ęTrapdoor Springfield¬Ľ. Retenu en position ferm√©e par un loquet, le bloc de culasse compor­tait un percuteur int√©gr√© dont l'extr√©mit√© arri√®re se pr√©sentait en face du chien ext√©­rieur traditionnel. Un bouton-poussoir permettait de d√©verrouiller le loquet et de faire basculer le bloc de culasse vers le haut pour permettre le chargement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le syst√®me de l'Am√©ricain Snider, mis au point en 1867, fut plut√īt paradoxalement adopt√© et appliqu√© par les Britanniques dans leur Enfield-Snider Musket. Bas√© sur un principe similaire √† celui de Allins, le bloc de culasse de Snider portait plut√īt une charni√®re situ√©e sur le c√īt√© du bo√ģtier, le pivotement pour le chargement s'effec­tuant lat√©ralement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Premiers blocs coulissant verticalement

Si les chasseurs de bisons de l'Ouest am√©ri­cain et les nemrods europ√©ens qui poursui­vaient les gros gibiers dangereux (√©l√©phant, buffle, lion, tigre, etc) en Afrique et en Inde vers la fin du 19e si√®cle avaient quelque chose en commun, c'√©tait probablement le type d'arme utilis√© : une carabine de gros calibre √† un coup dont le m√©canisme √©tait constitu√© d'un bloc de culasse √† coulisse­ment vertical (nomm√© Falling block en an­glais). L'arme europ√©enne portait le nom de son concepteur Farquharson, tandis que celle qui se retrouvait le plus souvent dans les mains des chasseurs de bisons am√©ricains √©tait une Sharps.

Christian Sharps, un armurier de Phila­delphie, avait mis au point en 1848 un des pre­miers concepts valables de fermeture de culasse arri√®re, avant m√™me l'av√®nement de la cartouche m√©tallique. La carabine Sharps comportait un bloc de culasse cou­lissant verticalement dans des mortaises √† l'int√©rieur du bo√ģtier, ce mouvement √©tant contr√īl√© par un levier derri√®re la d√©tente. En actionnant le levier vers le bas, on pro­voquait l'abaissement du bloc de culasse, exposant l'entr√©e de la chambre et per­mettant l'introduction d'une cartouche de papier contenant un projectile et la charge de poudre. En ramenant le levier vers le haut, on provoquait la remont√©e du bloc, l'avant de celui-ci tranchant au passage l'arri√®re de la cartouche de papier et expo­sant la poudre contenue √† l'int√©rieur.

Le bloc de culasse comportait aussi une chemin√©e √† l'arri√®re et un √©vent conduisant √† la chambre. Apr√®s avoir charg√©, il suffisait donc de placer une amorce sur la chemi­n√©e. √Ä la pression de la d√©tente, le chien ve­nait percuter l'amorce, le feu se propa­geant √† travers l'√©vent jusqu'√† la charge de poudre dans la chambre. Un peu plus tard, la Sharps put facilement √™tre adapt√©e √† l'utilisation de cartouches m√©talliques en rempla√ßant la chemin√©e et l'√©vent par un percuteur. La ¬ęSharps carbine¬Ľ fut utilis√©e pendant la guerre de S√©cession am√©ricaine et devint l'arme favorite des chasseurs de bisons; cette arme serait m√™me √† l'origine de l'expression ¬ęSharpshooter¬Ľ (qui signifie aujourd'hui franc-tireur).

En 1862, un Bostonien du nom de Pea­body mit au point un syst√®me de culasse reposant sur un principe semblable. En Suisse, le concept de Peabody fut modid√© par Frederich von Martini qui rempla√ßa le chien ext√©rieur par un percuteur interne. En 1871, l'arm√©e britannique adopta offi­ciellement un hybride bas√© sur l'action Martini coupl√©e √† un canon con√ßu par Alexander Henry. En calibre .45, la carabine militaire Martini-Henry servit l'arm√©e tout au long des beaux jours de l'empire britan­nique jusqu'au tournant du si√®cle.

Versions à la moderne

Vers la fin des ann√©es 1800, le g√©nial John Moses Browning mit au point une cara­bine √† un coup muni du m√™me type de m√©canisme √† bloc de culasse vertical. Son concept fut bient√īt achet√© par Winchester et l'arme connut la popularit√© sous le nom de Winchester mod√®le 1885. On pouvait l'obtenir en plusieurs versions, le tout comprenant une cinquantaine de calibres de carabines, et m√™me un canon de fusil de calibre 20. Apr√®s extinction du brevet de 99 ans acquis par Winchester, la compa­gnie Browning a offert au cours des r√©centes an­n√©es son mod√®le comm√©moratif 1885.

En 1967, Bill Ruger con√ßut et mit en march√© son mod√®le Ruger Number One, une carabine √† un coup √† bloc de culasse vertical offerte en calibres allant du .218 Bee jusqu'au .458 Win. Mag. C'est sur ce mod√®le qu'est bas√©e l'explication du des­sin 3. Lorsque le levier qui recouvre le pon­tet est abaiss√©, un bras articul√© reli√© au bloc de culasse fait coulisser ce dernier vers le bas dans les mortaises lat√©rales du boitier. Cet abaissement du bloc expose l'arri√®re de la chambre et on peut alors y introduire manuellement une cartouche. La relev√©e du levier provoque la remont√©e du bloc dans ses mortaises, celui-ci venant s'appuyer fermement contre le culot de la cartouche et assurant la solidit√© de blocage. Non illustr√©s pour la clart√© du dessin, le percuteur est log√© √† l'int√©rieur du bloc, tandis que le chien interne oc­cupe l'espace dans la rainure inf√©rieure de celui-ci.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'aspect massif du bloc et du boitier de culasse de type ¬ęHigh Wall¬Ľ de ce type d'arme offre toute la r√©sistance pour les calibres magnums, mais ce m√©canisme existe aussi en type ¬ęLow Wall¬Ľ (bloc et bo√ģtier moins massifs) pour les calibres plus l√©gers.

Système à bascule

Du c√īt√© civil, les innovations en mati√®re de syst√®me de chargement par la chambre se sont faites rapidement, car contrairement aux militaires, les concep­teurs civils n'√©taient pas embarrass√©s par les conventions et les stocks de vieilles armes √† recycler. D√®s 1832, un Parisien du nom de Casimir Lefaucheux concevait un nouveau fusil √† chargement par la chambre √† l'intention des chasseurs. Son canon √©tait muni d'une charni√®re qui, en basculant la bouche du canon vers le bas, se trouvait √† relever l'extr√©mit√© de la chambre pour la d√©gager du bo√ģtier de bas­cule et permettre le chargement. Ce fut l'anc√™tre direct de tous nos fusils modernes √† bascule. La grande vari√©t√© de fusils √† ca­non unique et √† deux canons juxtapos√©s ou superpos√©s offerte sur le march√© moderne, et m√™me la disponibilit√© de certaines cara­bines europ√©ennes de fort calibre √† bas­cule, t√©moignent √©loquemment de la vali­dit√© et de la solidit√© de ce concept.

Ce grand pr√©curseur que fut Lefau­cheux mit √©galement au point une cartou­che constitu√©e d'un tube et d'une base de carton support√©s par un culot de laiton. Le tube contenait la charge de poudre et de plombs, alors qu'une amorce √† percussion √©tait fix√©e dans un recreux √† la base du cu­lot. Si vous reconnaissez dans cette des­cription tous les √©l√©ments d'une cartouche moderne de fusil, vous avez parfaitement raison, car hormis des d√©tails mineurs d'am√©lioration, nos munitions sont de conception identique.

Le concept de l'arme √† bascule repose sur la rotation verticale du ou des canons autour d'une goupille fixe pr√©sente √† l'avant du boitier de la bascule, cette ouver­ture permettant l'introduction et le retrait des cartouches dans les chambres. Lorsque les canons sont referm√©s, la base du culot de ces cartouches se trouve fermement ap­puy√©e contre la face des bourrelets de cu­lasse √† l'arri√®re de la bascule.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De plus, il faut bien que les canons soient solidement verrouill√©s en position fer­m√©e pour √©viter la possibilit√© d'ouverture intempestive sous la pression de mise √† feu. Le syst√®me de verrouillage le plus sim­ple consiste en une cl√© d'ouverture effec­tuant une rotation horizontale et dont le bec avant est pr√©cis√©ment taill√© pour venir s'embo√ģter dans une mortaise faisant par­tie int√©grante du prolongement de la bande de canons. Lorsque la cl√© est tour­n√©e par l'utilisateur, le bec avant se d√©gage de la mortaise, permettant l'ouverture par basculement des canons.

Plusieurs syst√®mes modernes redou­blent la solidit√© de fermeture de ce type d'arme en ajoutant une plaque de verrou coulissant actionn√©e par la tige de pivot de la cl√©. Cette plaque coulisse dans des rainu­res √† l'int√©rieur du bo√ģtier de la bascule, et gr√Ęce √† une came √† la base de la tige de pivot, elle se trouve re­pouss√©e vers l'arri√®re lors de l'ouverture de la cl√©, lui permettant de se d√©gager de la mortaise du bloc de frette. √Ä la fermeture, un ressort ram√®ne la cl√© √† sa position origi­nale, et la rotation de la came √† la base de la tige de pivot repousse la plaque de ver­rou vers l'avant pour venir la bloquer dans la mortaise du bloc de frette.

L'ère de la répétition mécanique

Un des concepts de carabines les plus avant-gardistes de son temps fut aussi cu­rieusement l'un des plus rapidement ou­bli√©s par la suite. Christopher Spencer de­vait √™tre tout un g√©nie pour concevoir √† l'√Ęge de 20 ans la Spencer Carbine √† r√©p√©ti­tion et parvenir √† convaincre le pr√©sident Abraham Lincoln d'adopter son invention comme arme militaire officielle. Son concept g√©nial et r√©volutionnaire √©tait encore rehauss√© par le fait que son arme utilisait ce qui est consid√©r√© comme la premi√®re cartouche de carabine contenant vraiment tous les √©l√©ments de tir, celle-ci √©tant constitu√©e d'une douille de cuivre avec syst√®me d'amorce √† percussion annulaire.

Cette carabine √©tait munie d'un syst√®me de culasse √† bloc pivotant vers le bas et vers l'arri√®re actionn√© par un levier qui consti­tuait en m√™me temps le pontet. L'abaisse­ment du levier provoquait en premier lieu un l√©ger abaissement du bloc de culasse, ce qui lui permettait de se d√©gager de l'√©pau­lement du bo√ģtier et de continuer sa rota­tion vers l'arri√®re et vers le bas. En m√™me temps, une tige lat√©rale effectuait l'extrac­tion de la cartouche vide, tandis qu'une au­tre cartouche provenant du magazine tu­bulaire int√©gr√© dans la crosse se pr√©sentait dans l'espace laiss√© libre par l'abaissement du bloc de culasse. √Ä la remont√©e du levier, la face avant du bloc emportait cette car­touche au passage et dans son mouvement de fermeture poussait celle-ci dans la chambre (voir dessin en ouverture d‚Äôarticle).

La Spencer fut ainsi la premi√®re cara­bine √† vraiment offrir la capacit√© de r√©p√©ti­tion m√©canique. En 1864, la Spencer Carbi­ne √©tait l'arme officielle de la cavalerie de l'Union, mais apr√®s la guerre de S√©cession sa popularit√© tomba en chute libre. Finale­ment, Winchester acheta les actifs de Spen­cer, sans doute pour mieux pousser son propre concept de carabine √† r√©p√©tition, et ce fut le d√©but d'une autre histoire mar­quante. 

(dans un prochain article : les m√©canismes √† levier)

 

 

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